La bataille pour l’équité médiatique entre candidats à la présidentielle d’octobre 2025 prend une tournure inédite. Le camp d’Ahoua Don Mello affirme avoir obtenu gain de cause après avoir dénoncé les irrégularités contenues dans les « prêts à diffuser » (PAD) du candidat du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), Alassane Ouattara. Mais pour l’équipe du candidat souverainiste, ce retrait rapide des contenus incriminés ne suffit pas : la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) doit, selon elle, aller jusqu’à prononcer une sanction.
« Irrégularités flagrantes »
Dans un communiqué rendu public le 16 octobre, la Direction de la Communication et du Marketing Politique du candidat Don Mello rappelle avoir saisi, le 14 octobre, le président de la HACA, Me René Bourgoin, pour contester formellement plusieurs éléments diffusés dans les PAD d’Alassane Ouattara. Ces contenus, estime-t-elle, « violent les critères d’évaluation des PAD notifiés à tous les candidats ».
Selon la correspondance adressée au régulateur, les jingles d’annonce et de clôture des spots de campagne du chef de l’État sortant montraient des personnalités publiques et des symboles nationaux, dont l’équipe des Éléphants, victorieuse de la Coupe d’Afrique des Nations 2023, ainsi que le champion olympique de taekwondo Cheick Cissé Sallah Junior. Des images du bâtiment officiel du Centre régional des œuvres universitaires (CROU) de San Pedro figuraient également dans les séquences diffusées.
Pour l’équipe Don Mello, ces éléments constituent des « irrégularités flagrantes », car ils peuvent être perçus comme un usage indu d’images publiques ou institutionnelles à des fins électorales. « Ces contenus donnent à penser que l’État et ses institutions soutiennent un candidat », a dénoncé un membre du staff de communication de Don Mello.
La HACA, qui doit préalablement valider les PAD avant toute diffusion sur la télévision nationale, n’a pas encore réagi officiellement à cette saisine. Cependant, le camp Don Mello dit avoir constaté que les spots diffusés le 15 octobre ne comportaient plus les images contestées.
« Cette suppression rapide des contenus irréguliers, sans décision publique de la HACA, prouve que le candidat du RHDP reconnaît implicitement ses torts », soutient Fernand Ahilé, le directeur de la communication de Don Mello, dans le communiqué. Il y voit un aveu de manquement et un précédent préoccupant pour la régulation de la campagne audiovisuelle.
Respect strict des règles
Le camp Don Mello salue cette correction, mais insiste sur la nécessité d’une sanction formelle. « Si la HACA reste silencieuse, elle envoie un mauvais signal à l’opinion publique et aux autres candidats », a confié un proche conseiller du candidat. L’équipe estime que M. Ouattara a « profité de ces irrégularités pendant plusieurs jours », faussant temporairement le principe d’égalité de traitement entre candidats.
Interrogé par Cinews.ci, une source proche du collège des membres de la HACA a indiqué que « le dossier est à l’étude » et qu’aucune décision n’a encore été rendue. Mais pour Ahoua Don Mello, la transparence du jeu électoral passe avant tout par le respect strict des règles. « Que nul n’en ignore », conclut le communiqué de son équipe.
E.KOUAKOU