La crise française dépasse désormais les frontières de l’Hexagone. Après les violences du 17 octobre, Emmanuel Macron a choisi la riposte diplomatique. En déplacement à Doha, mercredi, le chef de l’État a dénoncé ceux qui, selon lui, « font campagne sur le dos de la France », en visant indirectement Donald Trump et Benyamin Netanyahou.
Le président français accuse certains dirigeants étrangers de relayer des informations trompeuses, notamment des images générées par intelligence artificielle, pour présenter la France comme un pays livré aux violences et à une prétendue invasion migratoire. « On a vu des images d’intelligence artificielle qui ont montré des scènes qui ne se sont jamais passées en France », a-t-il déclaré, dénonçant des récits qu’il juge mensongers.
« Dans ces moments-là, on voit qui aime la France et qui ne l’aime pas », a-t-il ajouté, manifestant son agacement face aux critiques venues de l’étranger.
Le boomerang d’une crise intérieure
Mais cette offensive verbale ne répond pas à toutes les interrogations. Si les commentaires étrangers peuvent relever de calculs politiques ou de campagnes de désinformation, leur audience tient aussi à l’ampleur du malaise français. Les pillages, les incendies et les affrontements avec les forces de l’ordre ont exposé les difficultés du pouvoir à prévenir les débordements et à contenir une colère qui dépasse les seuls incidents de rue.
Depuis son arrivée à l’Élysée en 2017, Emmanuel Macron a défendu une politique de transformation économique, de maîtrise des dépenses et de réforme de l’État. Ses choix, notamment sur les retraites et le fonctionnement des services publics, ont alimenté de fortes contestations. À cela s’ajoutent les inquiétudes liées au coût de la vie, aux inégalités et au sentiment de déclassement d’une partie de la population.
Ces facteurs ne justifient ni les violences ni les destructions. Ils contribuent toutefois à expliquer pourquoi les tensions sociales persistent et pourquoi l’exécutif peine à rétablir durablement la confiance. Dans ce contexte, les images de chaos deviennent une matière première pour les adversaires politiques de la France, mais aussi pour ceux de son président.
La crise française s’invite sur le terrain diplomatique
Les déclarations de Washington et de Jérusalem donnent une idée de la portée politique de cette crise. Donald Trump a affirmé que la France était « prise d’assaut, pillée et incendiée » par des migrants, des djihadistes et des communistes, exhortant Emmanuel Macron à fermer ses frontières. Benyamin Netanyahou a, de son côté, évoqué une « invasion de l’islam extrémiste ». Des accusations qui, selon les informations rapportées par plusieurs médias, ne reposent pas sur des éléments établissant que l’immigration serait à l’origine des violences.
Ces sorties s’inscrivent dans des contextes politiques particuliers : Trump prépare les élections américaines de mi-mandat, tandis que Netanyahou est confronté à une échéance électorale en Israël. Les difficultés françaises deviennent ainsi un argument dans leurs discours politiques, au risque de caricaturer une crise aux causes multiples.
Pour Macron, le revers est aussi symbolique. Celui qui ambitionnait de faire de la France une puissance européenne influente doit désormais défendre son pays contre les représentations d’un État débordé. Mais dénoncer les récupérations étrangères ne saurait suffire : la bataille diplomatique ne fera pas disparaître les fractures sociales, les tensions sécuritaires et la crise de confiance qui fragilisent son pouvoir.
J.F.PAGNI