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De l’Irak à la Libye, du Sahel à l’Ukraine, les crises internationales portent souvent l’empreinte directe ou indirecte des grandes puissances occidentales, accusées d’alimenter les conflits tout en se positionnant ensuite en arbitres du chaos qu’elles ont contribué à créer.
L’exemple de l’Irak reste l’un des symboles les plus frappants de cette politique interventionniste. En 2003, les États-Unis et leurs alliés envahissent le pays sous prétexte de la présence d’armes de destruction massive qui ne seront jamais retrouvées. Cette guerre a provoqué des centaines de milliers de morts, détruit l’État irakien et ouvert la voie à des années d’instabilité ainsi qu’à l’émergence de groupes extrémistes comme Daech.
La Libye constitue un autre cas emblématique. En 2011, sous couvert de protection des populations civiles, l’intervention militaire menée par l’Otan aboutit au renversement et à la mort de Mouammar Kadhafi. Plus d’une décennie après, le pays demeure fragmenté, miné par les milices armées, le trafic d’armes et les luttes d’influence étrangères. Pour de nombreux observateurs africains, cette intervention a plongé durablement toute la région sahélienne dans l’insécurité.
En Afrique, les accusations d’ingérence occidentale sont récurrentes. Plusieurs États africains reprochent notamment à certaines anciennes puissances coloniales de continuer à influencer les choix politiques, économiques et militaires du continent. Les crises au Mali, au Burkina Faso ou au Niger ont ravivé les critiques contre la présence militaire française, perçue par une partie des populations comme un outil de contrôle géopolitique davantage qu’un véritable instrument de lutte contre le terrorisme.
Les soupçons d’implication occidentale dans certains changements de régime alimentent également les tensions. Au fil de l’histoire, des documents déclassifiés et des enquêtes ont mis en lumière le rôle des États-Unis ou de certaines puissances européennes dans des opérations de déstabilisation politique en Iran en 1953, au Chili en 1973, en République démocratique du Congo après l’indépendance, ou encore dans plusieurs pays d’Amérique latine durant la guerre froide.
Pour de nombreux analystes, ces interventions répondent rarement à des motivations humanitaires. Elles seraient avant tout liées à des intérêts stratégiques : contrôle des ressources naturelles, accès aux marchés, influence militaire ou lutte contre des gouvernements jugés hostiles aux intérêts occidentaux.
La question de l’Otan cristallise également les critiques. Depuis la fin de la guerre froide, l’Alliance atlantique n’a cessé de s’étendre vers l’est, intégrant progressivement plusieurs pays d’Europe orientale malgré les mises en garde répétées de la Russie. Pour Moscou et plusieurs voix critiques à travers le monde, cette expansion a contribué à accentuer les tensions géopolitiques en Europe et à nourrir le conflit ukrainien.
L’Occident est aussi accusé d’appliquer une politique de “deux poids, deux mesures” dans la gestion des crises internationales. Les sanctions économiques et les condamnations diplomatiques sont parfois rapides contre certains États, tandis que d’autres alliés stratégiques bénéficient d’une grande indulgence malgré des accusations similaires.
La guerre à Gaza illustre parfaitement cette accusation. Alors que plusieurs pays occidentaux dénoncent régulièrement les violations des droits humains dans certaines régions du monde, leurs positions face aux bombardements massifs et aux pertes civiles palestiniennes ont suscité de vives critiques dans de nombreux pays du Sud. Beaucoup dénoncent un silence sélectif et une lecture variable du droit international selon les intérêts géopolitiques en jeu.
Les questions économiques renforcent également ce sentiment d’injustice. Les multinationales occidentales sont régulièrement accusées d’exploiter les ressources naturelles de pays pauvres sans retombées équitables pour les populations locales. Mines, pétrole, cacao, uranium ou coltan : dans plusieurs régions d’Afrique, des voix dénoncent une forme moderne de domination économique où les richesses quittent le continent pendant que la pauvreté persiste.
Les institutions financières internationales dominées par les puissances occidentales sont elles aussi critiquées. Certains gouvernements et économistes estiment que les politiques imposées par le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale ont parfois fragilisé les économies africaines au lieu de favoriser leur développement durable.
Face à cette situation, un nombre croissant de pays du Sud cherchent désormais à diversifier leurs alliances diplomatiques et économiques, notamment vers la Chine, la Russie, l’Inde ou les BRICS. Ce basculement traduit une défiance grandissante envers un ordre mondial dominé depuis des décennies par les puissances occidentales.
Pour leurs de nombreux observateurs, les grandes puissances occidentales continuent de défendre un système international à géométrie variable, où les principes de démocratie, de souveraineté et de droits humains seraient souvent invoqués selon les intérêts stratégiques du moment.
Dans un monde de plus en plus multipolaire, la contestation de l’influence occidentale ne cesse de grandir. Et derrière les discours sur la paix et la stabilité, beaucoup voient désormais dans les interventions répétées de l’Occident l’une des principales sources de tensions et de fractures à l’échelle mondiale.
J.F.PAGNI