C’est un scandale qui n’améliore pas l’image des arbitres de football en Turquie. Ibrahim Haciosmanoglu, le président de la fédération, en a dévoilé l’ampleur, le ton ému et grave, pendant une conférence de presse d’une dizaine de minutes, rapporte notre correspondante à Ankara, Anne Andlauer. Une enquête interne portant sur 571 arbitresturcs a révélé que près des deux tiers (soit 371) possédaient des comptes de paris, et que 152 pariaient « activement » alors que leur fonction le leur interdit formellement.
Les détails connus laissent entrevoir un système qui perdurait sans doute depuis des années. Dix des arbitres incriminés ont placé plus de 10 000 paris, l’un d’eux ayant à lui seul misé plus de 18 000 fois. Quarante-deux arbitres ont parié chacun sur plus de 1 000 rencontres. Enfin, 22 sont des arbitres de niveau national.
Ibrahim Haciosmanoglu n’a pas donné leurs noms, ni les matchs concernés, mais les plus grands clubs du pays – Galatasaray, Fenerbahçe et Besiktas – les ont aussitôt réclamés. Dénonçant un « scandale », le club de Trabzonspor, sacré champion de Turquie pour la dernière fois en 2022, a jugé que ces révélations « mettent au jour l’une des pages les plus sombres de l’histoire du football turc ». Ces révélations font ressurgir des soupçons de partialité fréquemment portés contre les arbitres turcs. Le dirigeant de la fédération a promis des sanctions « immédiates » et « de nettoyer le football de toute trace de corruption. »
Une enquête ouverte dès le mois d’avril
Une enquête avait été ouverte dès le mois d’avril par le parquet d’Istanbul, selon la chaîne publique TRT. Face aux accusations de partialité régulièrement portées contre les arbitres turcs, la TFF avait confié au printemps 2024 la VAR (assistance à l’arbitrage vidéo, NDLR) de plusieurs affiches de la Süper Lig turque à des arbitres étrangers. En février, un arbitre étranger avait même dirigé le bouillant derby d’Istanbul opposant Galatasaray à son ennemi juré Fenerbahçe, qui accuse depuis des années les arbitres de favoriser son rival.
« L’arbitrage étranger (…) est désormais une nécessité pour rétablir un sentiment de justice » dans le football turc, a jugé sur X le journaliste sportif Yagiz Sabuncuoglu, l’un des plus suivis du pays.
RFI