À cette occasion, le nonce apostolique en Côte d’Ivoire, Mgr Mauricio Rueda Beltz, a transmis aux évêques un message du Saint-Père, axé sur la fraternité et la proximité. Dans le contexte sociopolitique marqué par l’élection présidentielle et les élections législatives de 2025 en Côte d’Ivoire, le Pape a invité l’épiscopat ivoirien à faire de la réconciliation nationale un pilier de sa mission. Cela, pour contribuer à l’avènement d’« une Côte d’Ivoire apaisée et d’une église rayonnante par son témoignage évangélique ».
Lors de la messe solennelle célébrée à la paroisse Saint-Paul, l’eucharistie inaugurale, dédiée à la paix en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde, a été présidée par Mgr Marcellin Yao Kouadio, évêque de Daloa et président de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (Cecci). Dans une homélie à forte tonalité sociale et politique, le prélat a interpellé les consciences sur certaines dérives contemporaines liées à l’exercice du pouvoir.
S’appuyant sur le passage biblique de 1 Samuel 16, 1-13 relatif à l’onction de David comme roi d’Israël, Mgr Marcellin Yao Kouadio a rappelé que, dans la tradition biblique, l’accession au pouvoir procède d’un choix divin. À ce titre, il a dénoncé « toutes les divinités politiques qui tirent leur légitimité de puissances étrangères », au détriment du peuple. Pour l’homme d’Église, l’exercice du pouvoir ne doit pas être « une affaire de carnets d’adresses ni de partis politiques », car « Dieu, contrairement aux hommes, regarde le cœur et non l’apparence ».
Violence politique, la prédation économique
Le président de la Cecci s’est également dit préoccupé par l’évolution des pratiques démocratiques sur le continent africain. Il a évoqué des « indépendances sous tutelle » et une « souveraineté confisquée », dénonçant la violence politique, la prédation économique et l’ingérence qui fragiliseraient le jeu démocratique. Mgr Marcellin Yao Kouadio a regretté l’accession au pouvoir « par infraction, braquage électoral ou braconnage », à l’origine, selon lui, de rebellions armées, de fraudes électorales et de contestations permanentes, parfois encouragées par certains observateurs internationaux. Il a, enfin, appelé les gouvernants à être « une bénédiction pour le peuple dont ils se réclament ».
Réunis depuis le lundi 19 janvier 2026 au centre Cossé-A-Dio, les évêques ivoiriens travaillent autour de deux axes majeurs : la vie de l’église et la situation de la Nation. Sur le plan ecclésial, les travaux portent notamment sur les réflexions et propositions de plusieurs commissions épiscopales, parmi lesquelles la commission pour le clergé, les séminaires et la pastorale des vocations, la commission pour la liturgie, les musiques et les arts sacrés, ainsi que la commission de l’éducation catholique. Les prélats examinent également l’état des finances de la Conférence épiscopale, en lien avec le Conseil pour les affaires économiques.
L’assemblée se penche aussi sur le projet de création d’une Université catholique de Côte d’Ivoire (Ucaci), ainsi que sur celui d’un centre de ressourcement spirituel Mgr René Kouassi, à Ably, dans le diocèse de Yamoussoukro. Les travaux s’achèveront le dimanche 25 janvier 2026 par une messe solennelle à la cathédrale Saint-Pierre de San Pedro, au cours de laquelle les prélats rendront publiques les conclusions de leurs réflexions.
E.KOUAKOU