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Décryptage du politologue Geoffroy-Julien Kouao
La semaine dernière, le Forum des sages de l’Afrique de l’Ouest a effectué une mission préélectorale en Côte d’Ivoire. Quelques jours plus tôt, c’était une délégation de la Cédéao. Selon Geoffroy-Julien Kouao, ces visites illustrent deux réalités : d’un côté, une diplomatie préventive qui entend éviter le scénario classique d’intervention tardive. « L’élection présidentielle en Côte d’Ivoire est structurellement source de fractures et de violences. La tension est palpable, et ces missions écoutent, rassurent et appellent les acteurs à agir pour l’intérêt du pays », analyse-t-il.
D’un autre côté, le contexte régional inquiète : instabilité politique, coups d’État et menaces terroristes. « Une crise électorale en Côte d’Ivoire aurait des répercussions graves sur l’ensemble de la sous-région », prévient Kouao. Autre fait marquant : le lancement de l’opération de parrainage citoyen, condition indispensable pour valider une candidature. Le Pdci-Rda et le Ppa-Ci, dont certains candidats comme Laurent Gbagbo ou Tidjane Thiam ne figurent pas sur la liste électorale, ont tout de même récupéré leurs kits de parrainage auprès de la Cei.
Pour Geoffroy-Julien Kouao, cela témoigne d’un choix tactique et d’un fair-play notable. « La Cei reste à sa place d’organisateur du scrutin sans se substituer au Conseil constitutionnel. Les partis montrent qu’ils veulent aller aux élections et écartent, pour l’instant, l’hypothèse du boycott. » Mais il reste lucide : « Ils préparent un plan B. Si le dialogue politique ne permet pas l’inscription de leurs candidats, ils pourront agir autrement. Ne pas participer serait politiquement coûteux pour leurs alliances. »
Enfin, Geoffroy-Julien Kouao plaide pour un plafonnement strict des dépenses électorales. « Il faut éviter que l’élection devienne une affaire de riches. Le plafonnement garantit l’égalité des chances et remet le débat sur les idées plutôt que sur l’argent », explique-t-il. Il propose un plafond de 10 millions de francs Cfa pour les législatives et 100 millions pour la présidentielle, citant l’exemple français où les dépenses sont encadrées malgré un PIB largement supérieur à celui de la Côte d’Ivoire.
« Attention à ne pas remplacer la démocratie, le pouvoir du peuple, par la ploutocratie, le pouvoir des riches. Malheureusement, la Côte d’Ivoire prend lentement ce chemin », conclut-il, appelant à recentrer le débat politique sur les programmes et la vision plutôt que sur les moyens financiers.
Eric KOUAKOU