Selon les explications fournies par l’entreprise, l’origine de la pollution remonte au 19 mars 2026, avec la rupture d’un réservoir de mélasse sur son site industriel. Le produit avait été transféré dans une digue de rétention située à environ trois kilomètres de l’usine. Mais dans la nuit du 21 au 22 avril, de fortes pluies ont provoqué la rupture de cette digue, entraînant l’écoulement de la mélasse sur près de huit kilomètres à travers les canaux d’irrigation, jusqu’au fleuve.
Sur le terrain, les constats sont préoccupants. Cette pollution, progressive mais massive, a entraîné une dégradation notable de la qualité de l’eau et une mortalité significative de la faune aquatique, dans une zone déjà fragilisée par des pressions environnementales, notamment l’orpaillage illicite.

Cette pollution massive, a entraîné une dégradation notable de la qualité de l’eau et une mortalité significative de la faune aquatique (Ph : DR)
Alerté le jour même, le CIAPOL a rapidement déployé une équipe déjà présente dans la région dans le cadre d’une mission de contrôle. Les experts ont pu retracer le trajet du polluant et confirmer son impact sur le fleuve Bandama. À l’issue des premières investigations, l’institution pointe plusieurs manquements de la part de SUCAF-CI : absence de notification officielle de l’incident initial, insuffisances dans les dispositifs de sécurité et défaillance dans la gestion des risques. Pour le CIAPOL, ces éléments traduisent une négligence dans le respect des obligations environnementales.
Convoqués par les autorités, les responsables de l’entreprise ont présenté des mesures correctives. Celles-ci incluent le pompage et le confinement des résidus de mélasse, le suivi de la qualité des eaux, la surveillance de la faune aquatique ainsi que le renforcement des infrastructures de sécurité. SUCAF-CI affirme également avoir sensibilisé les populations riveraines, en interdisant temporairement la consommation d’eau et de produits halieutiques issus des zones touchées.

De son côté, le CIAPOL pointe plusieurs manquements de la part de SUCAF-CI (Ph : DR)
Les autorités administratives locales, dont le préfet de Ferké et les services techniques compétents, ont été saisies afin d’assurer un suivi de la situation.
De son côté, le CIAPOL entend aller plus loin. L’organisme a engagé une procédure fondée sur les dispositions du code de l’environnement du 23 novembre 2023, notamment ses articles 246 et 248, qui prévoient des sanctions en cas de pollution avérée. Une nouvelle mission d’experts est attendue sur le site à partir du 29 avril pour approfondir les analyses.
Au-delà de cet incident, les autorités environnementales rappellent la nécessité pour les industriels de renforcer leurs dispositifs de prévention. Si aucun cas de maladie ou de perte en vie humaine n’a été signalé à ce stade, les conséquences écologiques pourraient s’inscrire dans la durée.
Ce nouvel épisode met en lumière la vulnérabilité des écosystèmes aquatiques et relance le débat sur la responsabilité des entreprises dans la préservation des ressources naturelles en Côte d’Ivoire.
Axel KONE