Après plusieurs semaines de concertations, l’opposition ivoirienne, sans le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), est parvenue à s’entendre sur une proposition commune relative à la future architecture de l’organe électoral.
Le document, signé conjointement par quatre organisations politiques, dont le Parti des peuples africains- Côte d’Ivoire (PPA-CI) deLaurent Gbagbo, la Coalition pour une alternance pacifique en Côte d’Ivoire de Pascal Affi N’Guessan, le Haut Conseil électoral de Simone Gbagbo et ADCI d’Assalé Tiémoko, a été remis au ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé. Cette démarche intervient après sept mois de concertations, parfois houleuses, entre responsables politiques de l’opposition et acteurs de la société civile.
« Le Haut Conseil pour les élections était une proposition conduite par Mme Simone Ehivet, regroupant un certain nombre des partis politiques et de personnalités de la société civile. La Commission électorale nationale indépendante était la proposition de la Coalition pour une alternance pacifique en Côte d’Ivoire. L’ANES était une proposition de l’ADCI, Aujourd’hui et demain, la Côte d’Ivoire. Et donc, ce sont ces différentes propositions qui ont été fondues avec celles du PPA-CI pour déboucher sur une proposition commune que nous avons validée samedi après-midi et que nous avons décidé de remettre à M. le ministre de l’Intérieur ce matin », a expliquéPascal Affi N’Guessan après le dépôt du document.
L’ancien Premier ministre ivoirien a salué le début de cette consultation portant sur la mise en place d’un organe « véritablement indépendant », répondant aux standards internationaux et garantissant la tenue « d’élections apaisées, équitables, justes et transparentes ».
La nouvelle architecture de l’organe électoral proposée par l’opposition repose sur deux principaux axes. Le premier concerne la mise en place d’unorgane chargé de conduire le processus électoral. Pour l’opposition politique et ses soutiens de la société civile, cet organe ne devrait comprendre ni représentants des partis politiques, ni représentants du gouvernement ou du pouvoir public.
« La première exigence, c’est que l’organe chargé des élections soit un organe véritablement indépendant, neutre et impartial », a déclaré Pascal Affi N’Guessan. Il a également plaidé pour un organe composé d’experts en matière électorale, recrutés sur des bases rigoureuses, notamment « par l’appel à la candidature, avec des contrats d’objectifs ». « Parce que nous voulons que l’organe électoral puisse mener sa mission sans aucune considération partisane », a-t-il souligné.
Le deuxième point clé des propositions communes de l’opposition porte sur la mise en place d’un organe d’observation du scrutin. « Parce que pour nous, la confiance n’exclut pas le contrôle », a précisé le président du Front populaire ivoirien (FPI). Selon les explications de Pascal Affi N’Guessan, cet organe pourrait être composé de représentants des différentes parties prenantes, notamment des partis politiques, des institutions et des organisations de la société civile.
Il aurait pour mission de surveiller le processus électoral, d’interpeller l’organe électoral en cas de nécessité, de formuler des recommandations et de contribuer à garantir un processus fiable et efficace. Au-delà de la réception des propositions de l’opposition sur la mise en place du nouvel organe électoral, l’opposition ivoirienne souhaite que le processus de dialogue entamé se poursuive. Pascal Affi N’Guessan a salué l’esprit d’ouverture du gouvernement à travers le début de ces consultations.
Il souhaite désormais que la prochaine étape soit l’ouverture d’un dialogue politique national, réclamé par l’opposition. « Nous attendons que la future étape soit celle du dialogue national, du dialogue politique pour qu’autour de la même table, nous puissions apporter davantage d’éclaircissements au projet que nous venons de déposer. Que nous puissions aussi accéder au projet du gouvernement et qu’ensemble, nous puissions bâtir un organe consensuel qui garantisse la confiance », a-t-il souhaité.
Pour le président du FPI, les discussions doivent également porter sur le Code électoral. « L’organisation des élections, ce n’est pas seulement l’organe, c’est aussi les modalités d’organisation et de fonctionnement », a-t-il fait observer.
Plusieurs dispositions doivent ainsi, selon lui, être « réexaminées » et « actualisées », afin de permettre à la Côte d’Ivoire de se doter d’une architecture électorale « suffisamment forte, suffisamment crédible » et conforme aux standards internationaux. L’objectif affiché est également de « tourner définitivement la page des crises électorales » que le pays a connues par le passé.
J.F.PAGNI