Le macronisme vit-il ses derniers jours ? Neuf ans après l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, les manifestations du 17 octobre 2026 ont mis en lumière l’ampleur du désenchantement qui traverse la société française. Colère sociale, inquiétudes économiques et violences urbaines ont marqué cette mobilisation, sur fond de défiance envers un pouvoir accusé d’avoir creusé les fractures qu’il promettait de résorber.
Élu en 2017 à 39 ans, Emmanuel Macron incarnait alors une nouvelle voie politique. Son ambition : dépasser le clivage traditionnel entre la gauche et la droite, moderniser l’économie, assouplir le marché du travail et empêcher les partis extrêmes de s’imposer. Il entendait également préserver la justice sociale et offrir à la jeunesse de meilleures perspectives grâce à l’école et à l’ascenseur social.
Neuf ans plus tard, le bilan apparaît bien éloigné de ces promesses. La dette publique, passée de 99 % à 119 % du produit intérieur brut (PIB), pèse sur les finances de l’État, tandis que les services publics et les perspectives économiques alimentent les frustrations. Dans le même temps, le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) occupent une place centrale dans le débat politique.
La jeunesse tourne le dos à Macron
La rupture est particulièrement visible chez les jeunes. Alors qu’Emmanuel Macron avait bénéficié d’un soutien important chez les 25-34 ans lors de sa réélection, les enquêtes d’opinion citées dans l’analyse témoignent d’un recul de son influence auprès de cette génération. Aux législatives de 2024, moins d’un jeune sur dix aurait voté pour un candidat macroniste.
Cette défiance traduit un sentiment de déclassement et l’impression que les préoccupations des nouvelles générations restent marginalisées. Le marché du travail, le coût de la vie et les difficultés d’accès à l’autonomie nourrissent cette fracture. Les manifestations du 17 octobre ont ainsi rassemblé des citoyens inquiets pour leur avenir, au-delà des seuls revendications liées aux retraites.
Pour François-Xavier Bourmaud, journaliste et biographe du président, cette séquence rappelle la fin d’autres cycles politiques. Il souligne également une difficulté majeure : contrairement aux crises précédentes, l’État dispose de marges financières limitées pour répondre aux revendications.
Les extrêmes en embuscade
Le paradoxe est frappant. Le projet macroniste devait contenir la progression des extrêmes ; le RN et LFI apparaissent désormais comme les principaux bénéficiaires du mécontentement. Selon les chiffres rapportés dans l’article, le RN atteindrait 35 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, tandis que LFI recueillerait 40 % chez les moins de 35 ans.
Le politologue Pascal Perrineau voit dans cette évolution le risque de réduire le macronisme à une simple parenthèse politique. L’ancien Premier ministre Manuel Valls, lui, dénonce un affaiblissement de l’État et une perte de stabilité institutionnelle.
La dissolution de l’Assemblée nationale, décidée en juin 2024, a accentué cette instabilité en fragmentant davantage le paysage parlementaire. À l’approche de la fin du mandat présidentiel, les débats budgétaires et l’incertitude gouvernementale compliquent encore la recherche de compromis.
Reste une question centrale : Emmanuel Macron peut-il encore répondre à une contestation qui dépasse désormais les revendications sociales pour mettre en cause son héritage politique ? Pour ses critiques, le macronisme a échoué à réconcilier les Français. Les prochains mois diront si cette crise marque sa disparition ou laisse place à une recomposition du paysage politique français.
J.F.PAGNI