Encadrée par des membres du Comité exécutif, cette conférence de presse avait un objectif clair. Le Directeur exécutif, Armand Désiré Gohourou, a ouvert la séance en rappelant que l’enjeu n’était pas de disséquer les résultats à chaud, mais d’expliquer le travail de fond engagé depuis plus d’un an. « La presse doit comprendre ce que nous construisons », a-t-il insisté.
Dès son intervention liminaire, le Dtn a reconnu l’évidence. Trois défaites pour les garçons, deux défaites et un nul pour les filles. « Ce n’est pas au niveau attendu », a-t-il admis avant de recadrer le débat. Pour lui, réduire la lecture du bilan au tableau final serait passer à côté de l’essentiel. « Notre mission n’est pas de juger un groupe sur trois matchs, mais de bâtir un projet solide pour les années à venir. La performance ponctuelle n’est qu’un indicateur, pas une finalité. »
La Côte d’Ivoire participe chaque année à plusieurs compétitions de jeunes, Caf ou Fifa. Ces rendez-vous servent de baromètre technique pour ajuster la progression. Parmi les points positifs, la Dtn salue l’attitude irréprochable des jeunes Ivoiriens. Discipline, envie, respect des consignes. « Sur le terrain comme en dehors, le comportement a été exemplaire », insiste Hattab. Mais l’écart avec le niveau mondial reste significatif. Et le chantier, immense. L’un des constats majeurs touche à la différence de niveau entre les compétitions locales, les tournois zonaux, la Can et la Coupe du monde. Pour réduire ce fossé, plusieurs axes de travail ont été définis : revoir les méthodes de détection et de sélection, mieux calibrer les préparations aux exigences internationales, assurer une continuité technique plus forte entre les catégories et renforcer la coordination entre les staffs
Le Dtn a aussi rappelé un principe souvent mal compris. Participer à la Can U17 ne garantit pas une place au Mondial. La forme du moment, le temps de jeu en club, la progression physique ou les blessures restent des critères déterminants. Sur la question des joueurs locaux et binationaux, souvent source de débats, la Dtn a clarifié sa ligne. Les U15 et U17 resteront majoritairement composés de joueurs issus des centres de formation ivoiriens. Les catégories supérieures, U20 et U23, s’ouvriront davantage aux expatriés, mais uniquement sur critères stricts : niveau, état d’esprit, compatibilité avec le projet de jeu.
Face aux questions sur les performances inférieures à celles de certaines nations africaines, Lounis Hattab a tenu à replacer les choses dans leur contexte. Le football de jeunes ivoirien sort de plusieurs années de crise qui ont paralysé les compétitions locales et affaibli les structures. La vraie reconstruction n’a débuté qu’après la Can 2023, une fois les ressources financières stabilisées. Les championnats U13, U15, U17 et les équipes réserves ont alors été relancés. La nouvelle Dtn, en poste depuis février 2024, travaille dans un cadre renforcé, mais encore fragile. « Nous comparons notre relance récente à des pays qui travaillent depuis une décennie sur leurs académies. Il faut être lucide », a souligné le Dtn.
Pour 2025 et 2026, la Dtn prévoit plusieurs mesures fortes : une préparation mondiale plus complète, jamais sacrifiée, un processus de sélection plus rigoureux et mieux documenté, une utilisation approfondie des données, notamment sur le temps de jeu en club et un suivi plus étroit des joueurs entre les compétitions. La réforme récente de la Fifa, qui permet aux nations africaines de disputer une Coupe du monde jeunes chaque année, est vue comme une opportunité majeure. Pour la Côte d’Ivoire, c’est l’occasion d’installer une culture de la performance continue. En conclusion, malgré des résultats décevants, la Dtn estime que les bases d’un projet durable sont posées. Les lacunes identifiées sont connues, les réformes sont lancées, et l’objectif est clair : remettre le football de jeunes ivoirien sur une trajectoire ascendante.
Axel KONE