Après plusieurs années de silence volontaire sur cette affaire sensible, Blé Goudé s’est résolu à lever le voile. « Je vais vous citer des noms aujourd’hui, parce que mon silence risque de finir par se retourner contre moi », lâche-t-il.
L’ancien chef de file des Jeunes Patriotes et son mentor entretiennent des relations complexes depuis leur retour au pays : 2021 pour l’un, 2022 pour l’autre. Invité lundi 24 novembre de La Quotidienne Info sur NCI, il pointe plusieurs membres du cercle restreint de Laurent Gbagbo – dont son épouse Nady Bamba et Stéphane Kipré, ex-vice-président du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire – comme les principaux instigateurs de ces tensions.
L’origine de la brouille
Dans ses révélations, l’ancien ministre de la Jeunesse évoque un épisode datant de sa détention à la Cour pénale internationale, aux côtés de Laurent Gbagbo. Selon lui, cet événement serait l’élément déclencheur de la rupture. Il s’agirait d’une mission que Gbagbo lui aurait confiée alors qu’ils étaient encore détenus. « La seule commission qu’il m’a faite concernait la maison qui servait de siège au FPI. Il m’a expliqué que la propriété appartenait à Nady Bamba et qu’elle était en colère », a-t-il déclaré. Gbagbo lui aurait alors demandé d’intervenir auprès de Pascal Affi N’Guessan, considéré comme l’occupant du bâtiment.
Blé Goudé raconte avoir joint Affi N’Guessan. « Je lui ai demandé de rétrocéder la maison (…) Pour sa santé en prison, fais-le pour lui », aurait-il plaidé. Après un refus initial, une rétrocession serait finalement intervenue. Après cet épisode, Blé Goudé révèle que Nady Bamba lui aurait fait une proposition ambiguë : « Si je vends la maison, je te donnerai ta part ». « Je ne suis pas agent immobilier (…) Mais j’ai plutôt une commission à vous faire : éviter d’aller prendre des problèmes dehors pour les ramener en prison ; cela fait souffrir le président », aurait-il rétorqué.
À l’écouter, cet échange aurait ensuite été instrumentalisé pour nourrir un « narratif » le présentant comme un adversaire. « Tout le narratif qui a été construit autour du Président Laurent Gbagbo, c’était pour nous éloigner. Avec le même conglomérat qui aujourd’hui désobéit à l’ordre du Président et qui part aux législatives. Ce sont eux qui sont venus nous diviser à gauche », affirme-t-il, citant Stéphane Kipré parrainé par Nady Bamba et ses camarades de l’ex-UNG. Pour lui, la gauche ivoirienne est aujourd’hui victime d’un « complot d’infiltration ».
« Lida Kouassi, Koné Boubakar, Damana Pickass sont en prison.
Tous les camarades de gauche sont en prison, mais le conglomérat de l’UNG est dehors. La gauche ivoirienne est victime d’un complot d’infiltration », ajoute-t-il.
Blé Goudé assure que Laurent Gbagbo ne lui a jamais personnellement refusé une rencontre. Il souligne toutefois que ses nombreuses initiatives, passant par des religieux (pasteur Dion Robert), des chefs coutumiers (Boga Sivori) ou encore des cadres du parti (Hubert Oulaye), sont toutes restées infructueuses.
Il révèle qu’un ancien collaborateur (Diaby Youssouf) lui aurait transmis en pleine nuit un message de Nady Bamba : « Dis à Blé Goudé que tant que je suis en vie, il ne verra plus Laurent Gbagbo. S’il l’entend, c’est à la radio », affirme-t-il, estimant que « c’est le programme de cette dame qui se déroule contre moi, au point que mes amis et moi, on ne peut plus se parler aujourd’hui », regrette-t-il. Tout en dénonçant un « couloir installé avec un guichet unique », contrôlant l’accès à Laurent Gbagbo.
Charles Blé Goudé a par ailleurs lancé un appel à l’apaisement. « Moi je demande pardon au président Gbagbo si je l’ai choqué. Je ne sais pas ce que j’ai fait. Je pense que je peux encore lui apporter beaucoup. Mettons-nous au-dessus de tout ça. Il demeure mon père ».
Axel KONE