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Membre du Bureau politique (Bp) du Pdci-Rda, Valérie Yapo a assigné son parti en justice, d’abord pour demander l’annulation d’une décision la sanctionnant, puis pour solliciter la suspension du président du Pdci-Rda de ses fonctions ainsi que la nomination d’un administrateur provisoire à la tête du parti. Lors de l’audience de ce mercredi 2 avril 2025, pour l’essentiel, le collège des avocats du Pdci-Rda, soutenu à l’extérieur du tribunal par une forte mobilisation des députés et militants du parti, a remis au juge des référés ses « écritures en réplique à l’acte d’assignation et la modification des moyens énoncés » par Valérie Yapo malgré la levée de sa sanction par le Pdci-Rda. Ce dossier pose le problème de la nationalité de Tidjane Thiam, candidat pressenti du Pdci-Rda à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Il faut noter que l’atmosphère à l’extérieur du Palais de justice était tendue entre les députés et militants Pdci-Rda et les forces de l’ordre. Certains des députés et militants Pdci-Rda ont voulu pénétrer dans l’enceinte du tribunal, en vain. Des députés ont été un peu bousculés. À tout cela s’ajoute une autre audience en délibéré, au fond, toujours dans l’affaire Valérie Yapo, qui est prévue le 24 avril 2025. Laquelle affaire soulève aussi la question de la nationalité de Tidjane Thiam.
Au cours de sa conférence de presse d’hier mercredi 2 avril, Me Blessy Chrysostome a révélé également que des électeurs inscrits dans le lieu de vote de Cocody Sainte Marie, là où vote Tidjane Thiam, ont déposé « quatre (4) réclamations » auprès de la Commission électorale locale (Cel) pour demander la radiation du nom du président du Pdci-Rda de la liste électorale devant servir pour la présidentielle à venir. Il a précisé que ces requêtes portent sur un éventuel « défaut de nationalité ivoirienne » pour Tidjane Thiam.
Véritables enjeux
L’avocat a, alors, situé les « véritables enjeux » des procédures judiciaires et administratives contre le Pdci-Rda et son président, à moins de sept (7) mois de la présidentielle. Selon lui, l’objectif de toutes ces procédures est d’éliminer Tidjane Thiam de la course à la présidentielle de 2025, bloquer les activités du Pdci-Rda et suspendre le Bureau politique prévu le 5 avril 2025 à Yamoussoukro. « Il faut éliminer Thiam de la compétition… Si tu ne l’élimines pas, il va te battre. Il y a des personnes qui, sachant le jugement des électeurs, préfèrent s’assurer le jugement des tribunaux. On peut éliminer Tidjane Thiam de la compétition à partir du Conseil constitutionnel mais ce serait trop voyant… Depuis un moment, on a sorti le débat sur la nationalité de Tidjane Thiam, sur l’article 48 du Code de nationalité… Le droit dans lequel ils s’inscrivent, c’est le droit malveillant, le droit de manipulation du tribunal, des éléments de décision », a-t-il dénoncé des manœuvres des adversaires politiques de Tidjane Thiam, réaffirmant sa foi dans « le vrai droit ».
M. Blessy a fait un bref cours de droit sur l’article 48 du Code de nationalité, avant de laisser entendre que l’application du droit positif ivoirien ne doit pas conduire à créer un apatride, notamment Tidjane Thiam qui, pour lui, possède des documents administratifs attestant de sa nationalité ivoirienne. L’avocat du Pdci-Rda a mentionné à cet effet un protocole de lutte contre l’apatridie signé par la Côte d’Ivoire « en février 2024 ». « Donc l’État veut dire qu’il peut se prévaloir de sa propre turpitude ? », a-t-il mis, en outre, cette interrogation sur la table, attirant l’attention de tous.
Vaincre la peur
Le collaborateur de Tidjane Thiam a, par ailleurs, appelé les militants du Pdci-Rda à se tenir prêts et à rester mobilisés. L’opposant leur a rappelé que le président du Pdci-Rda se bat mais qu’il faut une mobilisation visible, en dehors des réseaux sociaux et des salons.
Me Blessy Chrysostome a insisté sur l’urgence pour les militants du Pdci-Rda de se mobiliser et de prendre leurs responsabilités pour empêcher que Tidjane Thiam soit écarté de la course à l’élection présidentielle d’octobre 2025. « On ne peut pas rester sur Tiktok ou bien sur les réseaux sociaux pour dire : Thiam, je te soutiens. On ne peut pas (rester) sur les réseaux sociaux, à la maison, partout… et puis on vous élimine. Il faut qu’on change de comportement… On veut nous nous faire peur. On veut nous enlever nos droits… La réaction du Pdci ne doit pas s’enfermer simplement dans les lectures de motions. Il faut qu’on aille plus loin. N’ayez pas peur ! Nous ne devons pas avoir peur ! », a martelé le cadre du Pdci-Rda.
Plus tard, l’homme de droit a clarifié son propos pour lever toute équivoque : « Je demande aux militants de prendre leurs responsabilités de militants. Le droit que je pratique m’emmène à mesurer le sens des mots. Je n’appelle pas à une manifestation. J’appelle à être responsables en tant que militants. On veut nous spolier de nos droits. Les militants ne doivent pas se laisser abuser ». Quant à une victoire judiciaire espérée par les militants du Pdci-Rda dans toutes ces affaires évoquées, Me Blessy Chrysostome a relativisé : « Je ne peux pas mettre ma main au feu, mais je rassure que nous (les avocats du parti, Ndlr) faisons ce qu’il faut ».
Liste électorale provisoire
Un autre pan de cette conférence de presse d’hier mercredi 2 avril a concerné les observations faites par le Pdci-Rda sur la Liste électorale provisoire (Lep) 2024 publiée par la Commission électorale indépendante (Cei), le lundi 17 mars 2025. Me Blessy Chrysostome a signalé des irrégularités constatées par le Pdci-Rda sur cette Lep 2024, annonçant que son parti saisira sous peu la Cei sur cette question. « Que ce soit Marcory, Cocody, Port-Bouët, Plateau, on a déplacé des milliers et des milliers d’électeurs vers d’autres sites, une transhumance obligatoire, forcée… En l’état, avec cette liste, on ne peut pas partir aux élections », a-t-il décrié la situation actuelle avec des exemples.
Le juriste a ainsi mis en cause la crédibilité de cette Lep, réitérant la demande d’audit formulée par le Pdci-Rda. Le conférencier, qui a fustigé au passage l’inscription de plus de « 5000 » nouveaux majeurs sur la Lep 2024, a conclu en souhaitant qu’ils soient retirés de la liste, et que les partis et groupements politiques puissent faire des réclamations groupées pour des millions d’irrégularités constatées.
Axel KONE