L’un des objectifs majeurs des sanctions occidentales est de réduire la capacité de la Russie à financer et soutenir son effort de guerre. En limitant l’accès aux marchés financiers, en restreignant l’importation de technologies avancées et en frappant le secteur de l’énergie, l’Occident cherche à ralentir la production militaire russe et à compliquer le renouvellement de ses équipements.
En imposant des sanctions économiques sévères, les États-Unis et l’Union européenne espèrent affaiblir l’économie russe pour générer une pression interne sur le régime de Vladimir Poutine. Cela passe par la réduction des revenus issus du gaz et du pétrole avec la mise en place d’un plafonnement des prix du pétrole russe et réduction des importations européennes de gaz. Les sanctions contre les grandes entreprises russes avec les restrictions sur les exportations notamment dans les secteurs clés comme le pétrole, l’acier, l’aluminium et l’aviation. Et l’isolement financier à travers le gel des réserves de la Banque centrale russe détenues à l’étranger, limitant sa capacité à stabiliser l’économie.
Cette union économique de libre-échange reprend une idée ancienne d’associer les États de l’espace post-soviétique au sein d’une coopération commerciale approfondie. Au contraire de la Communauté des États indépendants (CEI), créée le 25 décembre 1991 pour prendre la suite de la défunte Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), qui ne prévoyait que la mise en place d’accords économiques bilatéraux, l’UEE entend bâtir un cadre institutionnel qui puisse présider à un espace commun de libre-échange.
Moins contraignante que son modèle, l’UE,
Ayant pour objectif d’encourager la libre-circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, elle s’apparente aussi à un pôle géopolitique de taille qui, avec la Chine, entend faire concurrence aux ambitions diplomatiques occidentales dans la région. S’étendant sur près de 20 millions de km2 et regroupant plus de 185 millions d’habitants, l’UEE demeure donc un acteur majeur de l’ordre international et, qui plus est, un concurrent direct de l’Union européenne (UE).
Moins contraignante que son modèle, l’UE, qui s’apparente à une organisation économique, politique et juridique supranationale, l’UEE entend rester fidèle aux préceptes du président de la république du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev qui affirmait, en mai 2014, que « cette union est économique et ne touche pas à la souveraineté des États participants. » Comme l’indique son intitulé, sa vocation est avant tout économique. Bâtie pour aboutir à un « développement stable des économies nationales face aux difficultés macroéconomiques et aux défis globaux auxquels font face tous les États », elle entend intégrer l’Asie centrale sur le marché mondial. Comme le disait V. Poutine, « la combinaison des ressources naturelles, du capital et du fort potentiel humain permettra à l’Union eurasienne d’être compétitive dans la course industrielle et technologique, dans la compétition pour les investisseurs, pour la création de nouveaux emplois et d’industries avancées […]. Ce n’est qu’ensemble que nos pays pourront devenir l’un des leaders de la croissance mondiale et du progrès civilisationnel, réussir et prospérer. »
L’UEE a contribué à atténuer les effets des sanctions européennes contre Moscou restreignant les exportations et importations de la Russie, notamment dans les secteurs de la technologie, de l’énergie et des finances. L’UEE a permis à Moscou de maintenir des échanges commerciaux avec ses partenaires régionaux, contournant ainsi certaines restrictions européennes. Cette union économique de libre-échange a également permis de renforcer les chaînes d’approvisionnement en obtenant des biens et composants via d’autres pays membres qui n’étaient pas directement sanctionnés, d’utiliser des monnaies locales pour le commerce afin de réduire la dépendance au dollar et à l’euro, évitant ainsi les restrictions imposées par le système financier occidental.
Certaines entreprises russes ont pu grâce aux États de l’UEE réexporter des produits interdits par l’Occident. Par exemple, le Kazakhstan et l’Arménie sont devenus ont permis l’importation de biens occidentaux à destination de la Russie. Des produits technologiques et électroniques, interdits d’exportation vers Moscou, transitent parfois par les pays membres. Certaines entreprises ont relocalisé partiellement leurs opérations dans ces pays pour éviter d’être directement ciblées par les sanctions.
Avec la rupture des relations commerciales avec l’Europe, l’UEE a aidé la Russie à trouver des substituts régionaux pour certains biens industriels et agricoles. Le Kazakhstan et la Biélorussie ont augmenté leurs exportations de produits alimentaires vers la Russie, réduisant sa dépendance aux importations européennes. Des entreprises russes ont commencé à se fournir en pièces détachées et en équipements industriels auprès des autres États membres.
Dans la cadre de la coopération énergétique et commerciale, les pipelines et infrastructures énergétiques reliant la Russie au Kazakhstan et au Bélarus permettent à Moscou de continuer à exporter son pétrole et son gaz malgré les sanctions européennes. Les Accords de libre-échange avec d’autres pays en dehors de l’UEE (comme l’Iran ou la Chine) facilitent la réorientation du commerce russe vers d’autres marchés.
L’UEE a joué un rôle important dans le soutien à la Russie face aux sanctions européennes. Elle a permis à Moscou de contourner certaines restrictions, de maintenir des échanges commerciaux et d’éviter un effondrement immédiat de certaines chaînes d’approvisionnement. Toutefois, la capacité de l’UEE à compenser les pertes économiques de la Russie reste limitée, et Moscou s’est davantage appuyée sur des puissances comme la Chine, l’Inde et l’Iran pour minimiser l’impact des sanctions occidentales.
Le rôle des BRICS
Depuis le début de la guerre en Ukraine et l’imposition de sanctions sévères par l’Occident, le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud – rejoints en 2024 par l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Égypte, l’Éthiopie et les Émirats Arabes Unis) a joué un rôle clé dans le soutien à la Russie. Bien que le groupe ne soit pas une alliance militaire ou un bloc économique intégré comme l’Union Européenne, plusieurs membres ont permis à Moscou de contourner les sanctions et de maintenir son économie à flot.
La Chine soutien économique et commercial majeur
La Chine est de loin le plus important partenaire des BRICS pour la Russie dans le contexte des sanctions. Pékin a offert un soutien indirect mais fort à Moscou en plusieurs points notamment l’augmentation des importations d’hydrocarbures. Le commerce énergétique entre la Russie et la Chine a explosé via des oléoducs et des routes maritimes. Dans le cadre de l’exportation de produits technologiques. Pékin a augmenté l’exportation de semi-conducteurs, équipements industriels et composants électroniques vers la Russie. Au niveau du développement des systèmes de paiement alternatifs, avec la suspension de la Russie du système SWIFT, la Chine a accéléré l’utilisation de son système China International Payment System (CIPS) pour faciliter les transactions bancaires avec Moscou.
L’Inde, un allié dans le commerce énergétique
L’Inde a adopté une approche pragmatique et a tiré profit des sanctions occidentales en achetant du pétrole russe. L’Inde a multiplié par plus de 10 ses importations de pétrole russe en 2023, devenant l’un des plus grands acheteurs. New Delhi et Moscou ont renforcé l’usage de la roupie et du rouble dans leurs échanges, réduisant ainsi leur dépendance au dollar et à l’euro.
Le Brésil, un soutien diplomatique et commercial
Le Brésil, sous la présidence de Lula da Silva, a adopté une position neutre, refusant de condamner la Russie tout en maintenant des relations commerciales solides. La Russie est un fournisseur clé de fertilisants pour l’agriculture brésilienne. Malgré les sanctions, les exportations russes de produits chimiques et d’engrais vers le Brésil ont continué. Le Brésil, comme l’Inde et la Chine, ne soutient pas les sanctions occidentales et plaide pour une solution diplomatique au conflit.
L’Afrique du Sud, un soutien politique
L’Afrique du Sud, bien que moins influente économiquement, a été un soutien politique à la Russie en refusant d’appliquer les sanctions occidentales et en organisant des exercices militaires conjoints avec la marine russe et chinoise en 2023. Pretoria a refusé de condamner ouvertement Moscou et a plaidé pour une solution négociée. Elle a accueilli le sommet des BRICS 2023, où l’élargissement du groupe a été décidé.
Les nouveaux membres des BRICS
L’élargissement des BRICS en 2024 a renforcé le réseau de soutien indirect à la Russie. L’Iran et l’Arabie Saoudite ont intensifié leur coopération énergétique avec la Russie, notamment dans l’OPEP+. Les Émirats Arabes Unis sont devenus un hub financier. L’Égypte et l’Éthiopie offrent de nouvelles routes commerciales et diplomatiques pour contrer l’isolement de la Russie.
Les BRICS ont joué un rôle crucial pour permettre à la Russie de résister aux sanctions occidentales, notamment à travers le commerce énergétique (Chine, Inde, Arabie Saoudite, Iran), les systèmes de paiement alternatifs (Chine, Émirats) et le soutien diplomatique (Brésil, Afrique du Sud). Les BRICS restent un levier stratégique clé qui aide la Russie à résister aux sanctions et à réduire son isolement sur la scène mondiale.
Malgré les sanctions européennes visant à restreindre l’exportation de biens de luxe, y compris les véhicules haut de gamme, vers la Russie, des entreprises russes ont mis en place des mécanismes pour importer des voitures de luxe depuis l’Europe. Par ailleurs, certains constructeurs automobiles européens ont confirmé la vente de véhicules à des acheteurs russes malgré les sanctions. Par exemple, le groupe BMW a reconnu avoir vendu plus de 100 voitures haut de gamme à des clients russes, contournant ainsi les restrictions imposées par l’Union européenne. Ces pratiques soulignent mettent en évidence la résilience des réseaux commerciaux qui cherchent à maintenir l’accès aux produits de luxe en Russie.

Les BRICS ont joué un rôle déterminant pour permettre à la Russie de résister aux sanctions occidentales, notamment à travers le commerce énergétique (Ph : DR)
La Russie s’en sort-elle bien malgré les sanctions européennes ?
Depuis l’imposition des sanctions européennes et occidentales à la Russie après le début de l’opération spéciale en Ukraine en février 2022, beaucoup se demandent si ces restrictions ont réellement affaibli Moscou ou si le pays a su s’adapter et résister.
Malgré un isolement économique et des restrictions strictes sur de nombreux secteurs, la Russie a trouvé des solutions alternatives pour maintenir son économie à flot. L’Occident espérait que les sanctions provoqueraient un effondrement rapide de l’économie russe. Pourtant, la Russie a démontré une résistance inattendue. Le PIB russe a reculé de seulement 2,1 % en 2022 (moins que prévu) et a rebondi en 2023. Le rouble a résisté grâce à des interventions monétaires de la Banque centrale russe. L’emploi et la consommation intérieure ont été soutenus par des politiques d’incitation et de relocalisation de la production.
Cela s’explique par l’augmentation des exportations d’énergie vers la Chine et l’Inde, compensant la perte du marché européen, la diversification des circuits d’importation via des pays tiers (Turquie, Kazakhstan, Émirats), le soutien des BRICS, qui ont aidé la Russie à contourner certaines restrictions. A cela s’ajoute le fait que la Russie confirme son statut d’État fort avec et une économie de guerre, qui ont permis de stabiliser les finances publiques.
La Russie a réussi son repositionnement dans le secteur énergétique. L’UE a drastiquement réduit ses importations de gaz et de pétrole russe, mais la Russie a réorienté ses exportations vers d’autres marchés. Le pétrole russe est massivement acheté par la Chine et l’Inde, à des prix réduits, ce qui permet à Moscou de continuer à engranger des revenus. Les pipelines et infrastructures ont été adaptés pour favoriser les flux vers l’Asie. L’OPEP+ (dont la Russie est membre clé) a joué un rôle pour maintenir les prix du pétrole à un niveau suffisamment élevé.
Le rouble a résisté grâce à des contrôles de capitaux et une politique monétaire agressive. Les banques russes ont survécu sans SWIFT, en développant un système parallèle avec la Chine et l’Inde. Les transactions en yuan et en rouble ont explosé, réduisant la dépendance au dollar et à l’euro. Le passage à une économie de guerre a stimulé certains secteurs, notamment l’industrie de l’armement, qui fonctionne à plein régime, le marché du travail, qui absorbe une partie des pertes via la conscription et les contrats militaires.
La Russie résiste
Malgré les sanctions européennes et occidentales, la Russie ne s’est pas effondrée et a même réussi à réorienter son économie en s’appuyant sur des partenaires comme la Chine, l’Inde et d’autres pays émergents.
J.F.PAGNI