Pour le responsable politique, l’Eco ne constituerait pas une véritable avancée vers la souveraineté économique si le nouveau système monétaire demeure lié à l’euro. « La monnaie, c’est le nerf d’une économie. Si vous ne maîtrisez pas votre monnaie, vous ne maîtrisez absolument rien », a-t-il déclaré.
Lamoussa Djinko estime que les mécanismes actuels limitent la capacité de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) à soutenir suffisamment les économies de la région. Il plaide, dès lors, pour une réforme profonde du système monétaire et demande que la Bceao dispose d’une plus grande autonomie afin de mieux accompagner le financement des économies ouest-africaines. « Nous devons sortir immédiatement de la garantie française, sortir immédiatement de cet arrimage », a-t-il insisté.
Pour une relation économique plus équilibrée
Le président du Renouveau démocratique récuse toutefois toute interprétation de ses propositions comme une position hostile à la France. Il reconnaît l’importance des liens historiques, culturels et familiaux entre les deux parties, mais souhaite l’instauration d’une relation fondée, selon lui, sur un partenariat économique plus équilibré. « Nous ne sommes pas anti-français », a-t-il affirmé, appelant plutôt Paris à accompagner les pays africains dans leur processus d’industrialisation. Pour lui, la Côte d’Ivoire doit progressivement sortir d’un modèle économique reposant principalement sur l’exportation de matières premières.
Dans cette perspective, Lamoussa Djinko propose notamment d’orienter davantage les emprunts internationaux vers l’industrialisation et la création d’emplois. Il souhaite également réduire progressivement le poids de l’agriculture dans l’économie au profit d’activités industrielles capables de transformer localement les ressources du pays.
Le secteur minier figure également parmi ses priorités. Il préconise une révision des contrats miniers et souhaite que l’État ivoirien joue un rôle central dans l’exploitation de l’or, afin que cette ressource contribue davantage au renforcement des réserves nationales. Il dénonce, parallèlement, les conséquences de l’orpaillage sur les terres et les ressources en eau.
Quatre grandes zones monétaires
Sur le plan continental, Lamoussa Djinko avance une autre proposition : la création de quatre grandes zones monétaires africaines. Selon lui, ces ensembles pourraient favoriser la constitution de marchés plus vastes et contribuer à attirer davantage d’investissements. Alors que l’Eco doit, selon le calendrier évoqué, être introduit progressivement à partir de 2027 pour les pays répondant aux critères de convergence de la Cedeao, le responsable politique appelle les dirigeants ouest-africains à revoir leur approche.
Pour lui, l’enjeu dépasse largement le choix d’une monnaie. Il s’agit, à ses yeux, de déterminer si les États de la région disposeront des instruments nécessaires pour conduire eux-mêmes leur politique économique et financer leur industrialisation. « Nous devons maîtriser notre monnaie. Parce que si on ne maîtrise pas notre monnaie, on ne maîtrise absolument rien », a-t-il conclu.
Eric KOUAKOU