Vingt-six ans après la découverte du charnier de Yopougon, Amadou Coulibaly remet cet épisode de l’histoire politique ivoirienne au centre du débat public. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement a publié, mardi 27 octobre 2026, un message en hommage aux 57 personnes dont les corps avaient été découverts dans une zone boisée de Yopougon, à Abidjan, au lendemain des violences qui ont suivi l’élection présidentielle d’octobre 2000.
Dans ce texte, le ministre revient sur les circonstances de leur mort et défend la politique menée par le président Alassane Ouattara depuis son arrivée au pouvoir en 2011. « Nous ne pouvons pas les oublier », écrit-il, avant d’affirmer que les Ivoiriens vivent désormais dans une période de liberté, de démocratie, de justice et de respect de la vie.
Amadou Coulibaly ravive la mémoire des 57 victimes
Le charnier de Yopougon reste associé à l’un des épisodes les plus meurtriers de la crise politique ivoirienne du début des années 2000. L’élection présidentielle du 22 octobre 2000 s’était déroulée sans Alassane Ouattara, dont la candidature avait été rejetée. Le scrutin avait opposé notamment Laurent Gbagbo, candidat du Front populaire ivoirien (FPI), au général Robert Guéï, alors au pouvoir après le coup d’État de décembre 1999.
La contestation des résultats avait provoqué des manifestations et des affrontements meurtriers. Le 27 octobre 2000, 57 corps ont été découverts à Yopougon. Une enquête de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et de Reporters sans frontières (RSF), publiée en décembre de la même année, avait privilégié la piste de représailles impliquant des hommes de la gendarmerie du camp d’Abobo.
Selon les témoignages recueillis à l’époque, des civils avaient été arrêtés dans plusieurs quartiers d’Abidjan. Les victimes étaient principalement de jeunes hommes, dont certains auraient été ciblés en raison de leur patronyme ou de leur appartenance supposée au Rassemblement des républicains (RDR), le parti d’Alassane Ouattara.
L’affaire avait donné lieu à un procès militaire en juillet et août 2001. Huit gendarmes poursuivis pour meurtre et assassinat avaient été acquittés le 3 août, faute de preuves jugées suffisantes. La FIDH et RSF avaient contesté les conditions de ce procès, notamment l’absence de confrontation entre les rescapés et les accusés ainsi que l’absence de plusieurs témoins clés.
Dans sa publication, Amadou Coulibaly ne se limite pas à l’hommage aux victimes. Il inscrit le charnier dans une histoire plus large des violences politiques ivoiriennes, évoquant également les morts des manifestations de décembre 2000, celles de mars 2004 et les victimes de la crise post-électorale de 2010-2011.
Le ministre attribue ces violences à une période qu’il associe à l’ivoirité et oppose ce passé à la situation actuelle. « Plus aucun Ivoirien n’est tué pour son opinion dans notre pays », affirme-t-il, appelant à préserver la mémoire des disparus afin que de telles violences ne se reproduisent plus en Côte d’Ivoire.
Axel KONE