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Sous son impulsion, les décaissements de la banque ont été multipliés par 8, grâce à l’intérêt croissant des pays du Golfe pour l’Afrique. Son programme repose sur quatre axes : innover financièrement pour mobiliser plus de capitaux, mieux coordonner les institutions africaines, formaliser l’économie informelle pour tirer profit de la croissance démographique, et investir dans les infrastructures pour soutenir l’industrialisation du continent.
Ce 29 mai 2025, à Abidjan, le Mauritanien Sidi Ould Tah a été élu président de la Banque africaine de développement (BAD), succédant au Nigérian Akinwumi Adesina. Ould Tah a remporté cette élection au troisième tour avec 70 % des voix. Dès le deuxième tour, il avait pris une sérieuse avance avec 48,41 % des suffrages, devant le Zambien Samuel Munzele Maimbo (36,68 %), le Sénégalais Amadou Hott (9,02 %) et la Sud-Africaine Bajabulile Swazi Tshabalala (5,90 %), cette dernière étant alors éliminée.
Pour être élu, un candidat devait obtenir une double majorité : celle des voix de l’ensemble des pays membres, et celle des voix des pays africains. Sidi Ould Tah avait déjà satisfait à ce second critère en recueillant 68,42 % des voix africaines au deuxième tour, contre seulement 18,77 % pour Maimbo. Ce soutien régional fort a été déterminant pour sa victoire.
Le nouveau patron veut poursuivre et renforcer les « High 5 », les cinq priorités de l’institution : éclairer l’Afrique, la nourrir, l’industrialiser, l’intégrer et améliorer la qualité de vie de ses populations. Le président sortant, Akinwumi Adesina, a souligné l’impact majeur de la BAD sous sa direction : plus de 565 millions d’Africains ont bénéficié des projets financés par l’institution au cours des dix dernières années.
Parmi les réalisations emblématiques : la plus grande station d’épuration du continent à Gabal el Asfar (Égypte), un pont entre le Sénégal et la Gambie, l’extension du port de Lomé (Togo), ou encore des projets d’accès à l’électricité au Kenya et d’assainissement au Lesotho. Sous sa gouvernance, le capital souscrit de la BAD a triplé, passant de 93 à 318 milliards de dollars. C’est donc un héritage solide que reprend Sidi Ould Tah, avec la lourde tâche de poursuivre la dynamique de transformation de l’Afrique.
Un parcours de self-made-man
Né le 31 décembre 1964 à Mederdra, en Mauritanie, Sidi Ould Tah est issu d’une famille d’enseignants. Après des études à l’université de Nouakchott, il poursuit son cursus en France, obtenant un DEA en économie à Paris VII et un doctorat en sciences économiques à Nice. Il commence sa carrière à la Banque mauritanienne pour le développement et le commerce, avant de gravir les échelons en occupant divers postes dans des institutions financières, notamment à la Banque islamique de développement (BIDC) et à l’Autorité arabe pour l’investissement agricole.
Tout au long de sa carrière, Sidi Ould Tah a reçu plusieurs distinctions : il est chevalier de l’Ordre du Mérite national de Mauritanie (2014), officier de l’Ordre national du Tchad (2020) et chevalier de l’Ordre national du Lion du Sénégal (2022). Ces distinctions démontrent de son engagement panafricain et de sa reconnaissance à l’échelle du continent.
Avec sa solide expérience, son parcours panafricain et son soutien massif des pays africains, Sidi Ould Tah incarne un nouveau chapitre pour la BAD. Il devra répondre aux grands défis du continent : transformation économique, inclusion sociale, développement durable et résilience face aux crises. Un défi à la hauteur de l’ambition d’une Afrique en mouvement.
J.F.PAGNI