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Dans une interview au journal gouvernemental, Fraternité Matin, parue le jeudi 24 octobre 2024, le député Pdci-Rda de Dabakala estime que son parti est plongé dans une sorte de léthargie alors qu’approche, à pas de géant, la prochaine élection présidentielle. « Aujourd’hui, le parti est trop calme par rapport à l’échéance présidentielle qui approche », juge, amer, Jean-Louis Billon. L’ancien ministre du Commerce fait observer que depuis son accession à la tête du parti vert et blanc, en décembre 2023, Tidjane Thiam n’a encore convoqué aucune réunion du bureau politique. « Cela fait dix mois que nous avons un nouveau président et nous n’avons pas encore eu le moindre bureau politique. Par ailleurs, le congrès qui devrait se tenir en octobre de l’an dernier n’a toujours pas été reprogrammé », se désole l’interviewé. « On ne sait pas encore la date de la convention du parti. Or, le compte à rebours de l’échéance de la présidentielle 2025 a déjà commencé », insiste celui qui se voit en candidat du Pdci-Rda à la présidentielle. « Il faut que la direction du parti bouge beaucoup plus », assène le député de Dabakala.

Ses critiques
Dans sa critique contre la direction du Pdci-Rda, Jean-Louis Billon n’hésite pas à faire une comparaison entre l’actuel secrétariat exécutif dirigé par Dr Sylvestre Emmou, et l’ancien secrétariat exécutif tenu par Pr Maurice Kacou Guikahué. « Les cadres expérimentés ne sont pas mis en avant. Lorsque Maurice Kakou Guikahué était le secrétaire exécutif en chef, le parti était plus actif. Chaque échéance était travaillée minutieusement. Je répète, il est grand temps que la direction du parti se secoue un peu », formule l’ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire. « Aujourd’hui, nous ne devons plus repartir vers le temps des timoniers. Le parti devient presqu’un club de soutien, au lieu d’être une véritable formation politique », charge Jean-Louis Billon. Il faut, selon l’élu, aller à « un bureau politique, le congrès et enfin la convention ».
Quid de la candidature de Tidjane Thiam à la présidentielle d’octobre 2025 ? M. Billon ne considère pas M. Thiam comme candidat d’office du Pdci-Rda à la présidentielle. « Pour l’instant, le président du parti n’a pas encore dit qu’il était candidat à la présidence de la République », fait valoir l’ancien membre du gouvernement. En fait, Jean-Louis Billon fait peu de cas de cette disposition adoptée au Congrès extraordinaire de Yamoussoukro, le 22 décembre 2023, qui avait plébiscité Tidjane Thiam comme président du Pdci-Rda. Il s’agit précisément d’une motion qui faisait du nouveau président élu le candidat du parti à la prochaine présidentielle. « Un congrès extraordinaire n’a qu’un seul point à l’ordre du jour, c’est très clair. On ne peut pas glisser nuitamment une résolution et l’imposer à l’ensemble des militants. Une candidature, elle se déclare, on ne l’impose pas. Cette résolution est nulle et non avenue au regard des textes du parti », fustige l’homme d’affaires.
Le soutien de Bedié
S’il est dubitatif sur la candidature à la présidentielle de l’ancien directeur général de Crédit suisse, Jean-Louis Billon ne l’est pas du tout sur sa situation personnelle. « Ma candidature était annoncée depuis 2021. Je ne suis pas en train de jouer les trouble-fêtes. Je ne suis pas un élément nouveau sur la question de la candidature à la présidentielle », proclame le membre du bureau politique. Il assure même que feu Henri Konan Bédié (HKB), alors tout-puissant président du Pdci-Rda, avait décidé de l’accompagner en 2025. « C’est en 2025 que je lui ai dit que je serai candidat pour 2020, lui-même m’encourageait et me prodiguait des conseils. Par la suite, il a voulu lui-même y aller et m’a demandé de me retirer afin qu’il affronte le président Ouattara. Ce que j’ai accepté, en prenant la décision de me préparer pour la prochaine fois. Nous sommes tombés d’accord. (…) Le président Henri Konan Bédié avait décidé de m’accompagner en 2025 », relate Jean-Louis Billon, ferme sur ses étriers.
Le candidat à la candidature, manifestement bien informé, s’autorise cette confidence : « Il se pourrait que d’autres candidatures émergent. J’en connais déjà trois autres qui ne sont pas encore prononcés mais, qui ont l’intention de le faire. Pour ma part, j’ai le courage de mes actes et de mes opinions ».
Envisage-t-il de se présenter à l’élection présidentielle sous la bannière « indépendant » dans l’éventualité où le Pdci-Rda ne portait pas son choix sur lui ? « On n’y est pas encore. Je suis Pdci-Rda. Je reste Pdci-Rda », répond, sans vraiment trancher, M. Billon.

Le député de Dabakala est aussi interrogé sur ses « liens » avec le président de la République, Alassane Ouattara, et son prédécesseur, Laurent Gbagbo. Parlant du premier, il dit, entre autres : « (…) je le connais depuis fort longtemps, d’abord au niveau familial, ensuite au niveau professionnel. En toute honnêteté, il m’a toujours porté en affection et c’est réciproque (…) Dans mon combat, je n’insulte personne. Il sait très bien que dans mon combat politique, il n’y a aucune malice, bien au contraire ». A propos du second, Jean-Louis Billon concède : « (…) Nous ne devrions pas oublier qu’il est l’artisan de la démocratie et du multipartisme en Côte d’Ivoire. J’apprécie l’homme et je le respecte pour son combat politique ».
Axel KONE