Autour d’une table en acajou, le ministre russe Sergueï Lavrov et le secrétaire d’État américain Marco Rubio ont échangé pendant 4h30, sous le regard neutre de médiateurs saoudiens.
« L’Ukraine dans l’Otan, c’est non ! »
Dès l’ouverture des discussions, le Kremlin a posé ses conditions. Moscou accepte une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, mais refuse catégoriquement son intégration à l’Otan, qualifiée de « ligne rouge absolue ». « Un règlement viable est impossible sans examiner la sécurité en Europe », a martelé Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, exigeant un « retrait des forces de l’Otan d’Europe orientale ».
Une position inchangée depuis 2022, mais qui prend un nouveau relief avec l’ouverture de pourparlers directs. Vladimir Poutine se dit même prêt à négocier avec Volodymyr Zelensky, selon des déclarations relayées par l’AFP. Une annonce qui laisse sceptique Kiev : « Nous n’avons même pas été informés de cette rencontre », a réagi le président ukrainien, en déplacement en Turquie.
L’Europe exclue des discussions
Absente de la table des négociations, l’Union européenne a exprimé son malaise. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a affirmé sur X vouloir « faire équipe avec les États-Unis pour une paix juste et durable en Ukraine ». Un vœu pieux, alors que l’envoyé spécial américain Keith Kellogg s’apprête à rencontrer des alliés à Varsovie et Kiev… après Riyad.
« Les Russes jouent la division. Ils savent que sans l’Europe, leur position est renforcée », analyse un diplomate européen sous couvert d’anonymat. Preuve de cette stratégie : Moscou affiche un optimisme calculé. « Nous espérons des progrès économiques d’ici deux ou trois mois », a déclaré Kirill Dmitriev, patron du fonds d’investissements russes, présent à Riyad.
Aux arguments géopolitiques, Moscou ajoute une pression financière. Kirill Dmitriev, ancien de Goldman Sachs et proche de l’équipe Trump, a assuré que « les entreprises américaines ont perdu 300 milliards de dollars en quittant la Russie ». Un chiffre contesté, mais qui pourrait séduire Donald Trump, connu pour sa logique « transactionnelle ».