Depuis des mois, les violations massives des droits humains dans les territoires palestiniens occupés et les agressions armées au Liban ou en Iran suscitent l’indignation mondiale. Pourtant, la CPI reste muette. Aucune enquête urgente, aucune déclaration ferme, aucun mandat international. Rien. Ce silence devient une complicité. Quand il s’agit d’Israël ou d’alliés occidentaux, la Cour regarde ailleurs. Mais lorsque des chefs d’État africains sont soupçonnés de crimes de guerre, la machine judiciaire s’active sans délai. Cette justice à deux vitesses mine profondément la légitimité de la CPI.
Une cour créée par et pour l’Occident
La CPI a été fondée en 2002 sous l’impulsion des puissances occidentales. Elle prétend rendre la justice au nom de l’humanité, mais elle le fait à partir de valeurs juridiques, politiques et culturelles qui ne tiennent pas compte des spécificités des pays du Sud, notamment africains. Les procédures sont lourdes, étrangères aux mécanismes traditionnels africains de médiation, de réparation ou de réconciliation. En imposant une grille de lecture occidentale des conflits, la CPI dénature les dynamiques locales. Elle intervient souvent sans comprendre les réalités culturelles ou les équilibres politiques des sociétés qu’elle prétend « corriger ».
Derrière l’idéal affiché de lutte contre l’impunité, la CPI sert trop souvent les intérêts géostratégiques des grandes puissances. Les États-Unis, qui ne sont même pas membres de la CPI, exercent une influence indirecte mais constante sur ses décisions. Israël, également non-membre, échappe systématiquement à toute poursuite. En revanche, des pays africains membres de la Cour subissent régulièrement ses foudres. Ce déséquilibre est structurel. Il ne s’agit pas d’erreurs ponctuelles, mais d’un biais intégré au fonctionnement même de l’institution.
Pour une justice africaine, par l’Afrique
Face à cette injustice internationale persistante, l’Afrique doit se recentrer sur ses propres institutions. La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, organe de l’Union africaine, représente une alternative sérieuse. Elle est fondée sur des principes plus proches des valeurs du continent et peut évoluer vers un instrument solide de protection des droits et de résolution des conflits.
Plutôt que de s’en remettre à une cour discréditée et politiquement orientée, l’Afrique doit investir dans le renforcement de ses juridictions régionales. Il s’agit d’une question de souveraineté, de justice, mais aussi de dignité.
La CPI, en refusant d’agir là où les intérêts occidentaux sont en jeu, montre qu’elle n’est pas une cour pour le monde, mais une cour du monde occidental. L’Afrique ne peut plus être le terrain d’expérimentation d’une justice biaisée. Il est temps de tourner la page et de bâtir un modèle judiciaire qui respecte les peuples, leurs traditions, et leur droit à une justice équitable.
J.F. PAGNI