“Ce n’est pas drôle. Ça n’a jamais été drôle”, tranche Isabelle Harrison, du New York Liberty. Le message est clair : ce geste n’est pas une provocation anodine, mais un acte visant à rabaisser, sexualiser et infantiliser des professionnelles dans l’exercice de leur métier. Derrière le vernis du “coup d’éclat” se cache une violence symbolique profonde : ramener la performance sportive d’athlètes d’élite à une image sexualisée, nier leur place légitime dans le sport, et leur rappeler que leur corps reste, pour certains, un objet avant d’être un outil de performance.
Ces incidents surviennent alors que les joueuses sont en pleine négociation salariale pour obtenir un meilleur partage des revenus, à l’instar de leurs homologues masculins de la NBA. Les relents sexistes prennent ici une dimension politique : quand des femmes revendiquent l’égalité, certains préfèrent les renvoyer au registre du corps et du désir masculin plutôt que de les considérer comme des interlocutrices sérieuses.
Si de tels actes visaient des joueurs NBA, l’indignation médiatique et les sanctions tomberaient immédiatement, massives et exemplaires. Mais pour la WNBA, le discours glisse encore trop souvent vers l’humour ou la minimisation. Cette différence de traitement illustre la tolérance implicite envers le sexisme dans le sport féminin : on veut bien admirer le jeu… tant qu’il ne sort pas de la case “spectacle sympathique” pour devenir un vrai combat pour la reconnaissance et l’égalité.
L’hypocrisie américaine mise à nu
Ces dérives prennent un relief particulier dans l’Amérique de Donald Trump, qui s’érige volontiers en donneuse de leçons au monde entier, au nom de valeurs “morales” et “puritaines” prétendument inébranlables. Comment justifier ce double discours ? Comment prêcher la dignité et la vertu tout en tolérant que, sur son propre sol, des sportives soient publiquement humiliées dans leur arène de travail ? Le sexisme persistant dans la WNBA n’est pas seulement une tache sur le sport, c’est une contradiction flagrante entre les postures morales affichées et la réalité crue : ces valeurs sont foulées aux pieds dès qu’elles dérangent l’ordre établi ou bousculent les hiérarchies de genre.
Ne pas sanctionner fermement ces comportements, c’est envoyer un signal clair : le sexisme est tolérable tant qu’il est “ludique”. Il faut inverser la charge : ce ne sont pas aux joueuses de “prendre sur elles”, mais aux ligues, aux clubs et aux sponsors d’imposer un respect absolu de leurs athlètes. Le parquet n’est pas un terrain de défoulement machiste.
Ces incidents ne sont pas de simples “dérapages” isolés : ils sont le symptôme d’un système qui peine à voir les sportives comme des professionnelles à part entière. Et tant que ce système perdurera, il faudra continuer à rappeler que, sur le parquet comme ailleurs, le sexisme n’a pas sa place.
J.FPAGNI