En plus de l’amende de 100 millions de francs CFA, le procureur a requis la confiscation au profit de l’État de tous leurs avoirs : comptes bancaires, hôtels particuliers, actifs pétroliers et miniers et plus d’une cinquantaine d’entreprises… ainsi que le remboursement à l’État de 4,4 milliards de francs CFA.
Dans son réquisitoire, Eddy Minang, le procureur général près la cour d’appel de Libreville, a ciblé « un duo mère-fils qui a travesti le pouvoir présidentiel » après l’accident vasculaire cérébral d’Ali Bongo en 2018. Un duo « culturellement éloigné du pays, mais pécuniairement très proche », a-t-il tonné, avant de détailler toute une liste de malversations alléguées.
Sylvia Bongo aurait ainsi selon lui reçu du Trésor 16 milliards de francs CFA pour ses « besoins personnels », plus de 24 millions d’euros. Le procureur a également partagé des images des jets privés acquis, selon lui, par de l’argent blanchi ; listé des propriétés foncières dont leur hôtel particulier londonien ou leur palais de Marrakech. Selon lui, Sylvia et Noureddin Bongo Valentin « ont régné sans partage, et tente de se faire passer comme des victimes du système qu’ils ont façonné ». Il a nié toute violation des droits de la défense, toute violence physique, et défendu la procédure, y compris la visite de certains magistrats à la résidence des Bongo pour négocier leur exil contre leur silence en mai dernier. Des accusations que Sylvia et Noureddine Bongo ont toujours niées.
Auparavant, tour à tour dans leurs plaidoiries, les avocats de la partie civile, à savoir l’État gabonais, avaient déjà longuement agoni de reproches l’ancienne première dame et son fils, brossant le tableau d’un vaste système de détournement de fonds publics à des fins privées… « ils étaient propriétaires de la terre, de l’air, du sous-sol », a plaidé l’un d’entre eux.
Plus tôt, la cour a entendu deux autres accusés comme témoins : l’ancien assistant personnel de Sylvia Bongo, le Coréen Kim Oum, a évoqué les achats de bijoux, de robes, d’œuvres d’art pour trois à quatre millions de dollars annuels. Il explique également avoir pu décaisser de l’argent de la présidence pour l’achat de cent véhicules pour la campagne présidentielle de 2023 – budget de la campagne : 80 milliards de francs CFA, près de 122 millions d’euros -, alors qu’il n’avait pas de fonction officielle. « Toutes les décisions finales relevaient de Noureddin Bongo », a-t-il assuré, alors qu’un système parallèle de transferts financiers aurait été mis en place avec remise de liquide par la trésorerie et envoyé sur des comptes à Dubaï.
Jordan Camuset s’est lui décrit comme un « homme à tout faire » au service de son ami Noureddin Bongo, et confirmé l’existence d’un patrimoine considérable détenu à l’étranger. Sur le réseau social X, Noureddin Bongo dit avoir « tout donné » sous la torture, et jugé « nulle » la crédibilité d’un témoin qu’il dit avoir vu torturer devant lui.
Rfi