Contrairement aux instances disciplinaires internes des fédérations, le Tas repose sur un principe d’arbitrage. « Les parties ont la possibilité de choisir elles-mêmes les arbitres appelés à trancher leur différend », explique Michel Brizoua-Bi. Concrètement, chaque camp désigne un arbitre, tandis que le Tas nomme un président pour diriger la formation. Ce fonctionnement à trois membres constitue, selon lui, une garantie essentielle. « Le Tas offre plus de neutralité et d’indépendance », insiste-t-il, dans un contexte où les litiges sportifs deviennent de plus en plus complexes et médiatisés. Une fois saisi, le Tas examine l’ensemble du dossier : décisions initiales, éléments de preuve, règlements applicables et arguments des parties. Les arbitres délibèrent ensuite de manière collégiale avant de rendre une sentence finale, qui s’impose aux parties.
Dans l’affaire de la Can 2025, le tribunal devra notamment se prononcer sur la validité de la décision du jury d’appel de la Caf, ainsi que sur la régularité de la procédure ayant conduit au retrait du titre au Sénégal. Michel Brizoua-Bi reste toutefois prudent : « Il faut laisser aux arbitres le soin de faire leur travail », souligne-t-il, rappelant que seule la décision complète, et non son simple dispositif, permettra d’apprécier les fondements juridiques de l’affaire. Au-delà de l’aspect juridique, cette affaire soulève des questions plus larges sur la gouvernance du football continental. Deux décisions contradictoires rendues à quelques semaines d’intervalle, des délais jugés longs, et des interrogations sur le fonctionnement du jury d’appel : autant d’éléments qui fragilisent la crédibilité de l’instance dirigeante. « En matière de justice, le temps est un facteur essentiel », rappelle l’ancien président de la Commission de gouvernance de la Caf, qui s’interroge notamment sur les conditions dans lesquelles la décision d’appel a été prise.
Sans préjuger de l’issue, il met en garde contre les conséquences durables de cette crise. « Cette affaire ne fait pas honneur au football », tranche-t-il, évoquant une possible atteinte à l’image de la compétition. Quelle que soit l’issue devant le Tas, la décision fera jurisprudence dans la gestion des litiges sportifs en Afrique. Elle pourrait également influencer le comportement des équipes face aux décisions arbitrales à l’avenir.