Sur les photographies publiées par l’hebdomadaire, le chef de l’État chevauche son scooter des mers avec un enthousiasme qui évoque davantage une virée estivale entre amis qu’une séquence présidentielle. Quelques pages plus loin, il s’essaie au surf foil et pose en combinaison néoprène sur les rochers. Une série de clichés qui aurait pu être anodine en d’autres circonstances. Mais cet été, elle prend une tout autre dimension.
Car le contraste est saisissant. Pendant que le président profite de la Méditerranée, une partie du pays affronte des températures extrêmes, des restrictions d’eau et des feux de végétation. Pour les Français directement confrontés aux conséquences de ces épisodes climatiques, voir le chef de l’État s’afficher sur un engin motorisé bruyant et fortement associé aux loisirs de bord de mer peut difficilement passer pour une image de sobriété.
La polémique était donc prévisible. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes et candidate à l’élection présidentielle, a dénoncé un « été apocalyptique » au cours duquel le président s’offrirait un « publireportage » sur ses vacances. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a lui aussi attaqué la séquence : « Pendant la canicule, quand la France brûle, quand une partie des Français n’a pas pu partir en vacances, le président s’amuse en jet-ski à Brégançon. C’est ça le message ? C’est très réussi. »
La critique peut sembler facile, voire opportuniste. Après tout, un président de la République a aussi droit à des vacances et à quelques heures de loisir. Rien ne permet, à partir d’une photographie, de mesurer son action climatique ni de conclure à son « inconscience ». Et les comparaisons avec les victimes des canicules peuvent rapidement verser dans la surenchère politique.
Reste que la communication présidentielle ne relève jamais entièrement du hasard. Une couverture de magazine, surtout lorsqu’elle met en scène le président dans un registre aussi ostensiblement décontracté, produit une image politique. Or celle-ci intervient à un moment où l’exécutif demande régulièrement aux Français d’adapter leurs comportements face au dérèglement climatique : économiser l’eau, limiter certaines consommations, accepter des restrictions et se préparer à des épisodes météorologiques appelés à se multiplier.
C’est précisément là que le jet-ski devient embarrassant. Le problème n’est pas seulement l’engin lui-même. C’est le décalage entre le discours sur l’urgence écologique et une représentation des vacances présidentielles placée sous le signe du loisir motorisé, de la mer et de l’insouciance. Une photographie n’est pas une politique publique, mais elle peut suffire à brouiller un message politique.
La séquence est d’autant plus maladroite que Paris Match consacre également plusieurs pages à Raphaël Glucksmann et Léa Salamé, photographiés ensemble en Corse. Le magazine assume ainsi pleinement son registre de récit glamour des vacances des personnalités politiques. Mais, pour Emmanuel Macron, l’exercice est plus risqué : chaque image du président est immédiatement interprétée à l’aune de son bilan, de ses promesses et de son rapport à l’opinion.
Cette polémique intervient par ailleurs à un moment délicat pour l’exécutif. Le président doit déjà composer avec la censure partielle par le Conseil constitutionnel de la loi destinée à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, notamment sur la question du contrôle de l’âge des utilisateurs. Emmanuel Macron entend pourtant maintenir ce dossier parmi les marqueurs de son bilan et a demandé à Sébastien Lecornu de travailler à une nouvelle rédaction du texte, avec l’objectif d’aboutir d’ici au printemps 2027.
La rentrée s’annonce également chargée, notamment sur le front budgétaire, alors que les marges de manœuvre politiques apparaissent étroites. Dans ce contexte, le chef de l’État pourrait avoir intérêt à privilégier les sujets sur lesquels sa parole conserve encore une certaine portée, au premier rang desquels les affaires internationales.
Mais la séquence de Brégançon rappelle une règle élémentaire de la communication politique : le président ne maîtrise jamais complètement ce que ses images racontent. En plein été climatique, un jet-ski n’est plus seulement un jet-ski. Il peut devenir, malgré lui, l’emblème d’un pouvoir accusé de demander aux Français de changer leurs habitudes tout en donnant de lui-même une image de légèreté. Et c’est sans doute moins le loisir présidentiel que cette dissonance qui nourrit aujourd’hui la polémique.
J.F.PAGNI