Réunis dans un réceptif hôtelier de la capitale politique, les dirigeants de la Soa, de Yamoussoukro FC, de Don Koff FC, de l’As Divo, d’Atlantis de Dimbokro, de G27, de l’AcTaabo et du Co Bouaflé ont délivré un message qui ne laissait guère de place à l’ambiguïté. Porte-parole de cette prise de position, N’Guessan Achille, président du CO Bouaflé, a clairement affiché la volonté des clubs de poursuivre la dynamique engagée : « Nous sommes prêts à vous accompagner dans la continuité du développement du football ivoirien. »
Avant cette rencontre avec les clubs, Yacine Idriss Diallo et sa délégation ont effectué une visite de courtoisie à la mairie de Yamoussoukro. Au nom du maire Kouassi Kouamé Patrice, le 7e adjoint au maire a souhaité la bienvenue à la délégation de la Fif. Il s’est dit honoré, au nom de la ville natale du père fondateur de la Côte d’Ivoire, d’accueillir les dirigeants de l’instance fédérale et leur a adressé des vœux de succès pour l’Assemblée générale élective du 12 septembre.
Pour Idriss Diallo, cette escale dans la capitale politique avait une dimension particulière. C’est en effet à Yamoussoukro, le 23 avril 2022, qu’il avait été élu pour la première fois à la présidence de la Fi. Le président-candidat a également rappelé le rôle symbolique joué par la ville dans la renaissance des Éléphants, couronnée par le sacre de la Côte d’Ivoire à la Can 2023. « Nous sommes revenus sur les terres qui nous ont porté bonheur », a-t-il lancé. Une manière pour le candidat de donner à cette dernière étape de campagne une forte charge symbolique, à quelques heures du scrutin.
Les clubs saluent la hausse des subventions
Dans leur déclaration, les représentants des clubs ont d’abord dressé un bilan positif de l’action du comité exécutif sortant. Ils ont notamment mis en avant l’augmentation des subventions accordées aux clubs, présentée comme une « décision historique » et un « véritable bol d’air pour le football local ». N’Guessan Achille n’a toutefois pas occulté les difficultés qui persistent sur le terrain. « Nous avons des doléances », a-t-il reconnu, tout en estimant que ces préoccupations ne doivent pas remettre en cause la dynamique engagée.
Pour le président du CO Bouaflé, la réponse doit passer par le dialogue et la concertation. L’organisation annoncée des États généraux du football ivoirien pourrait, selon lui, offrir un cadre permettant aux différents acteurs d’exposer leurs difficultés, de débattre et de dégager des solutions. « Nous sommes là pour l’avenir », a insisté le porte-parole, avant de renouveler son message à Idriss Diallo : « Monsieur le Président, nous sommes prêts à vous accompagner pour la continuité du développement du football ivoirien. » À trois jours du scrutin, ce soutien collectif donne ainsi un relief particulier à la fin de campagne du président sortant.
Moins de dépendance aux subventions
Premier chantier : le modèle économique des clubs. Face aux dirigeants de clubs, Yacine Idriss Diallo a également détaillé les principaux axes de son projet pour les quatre prochaines années. Le président-candidat souhaite les voir progressivement sortir d’une trop forte dépendance aux subventions publiques et fédérales. Pour y parvenir, il préconise une gestion plus structurée et davantage tournée vers les ressources privées. « Il faut passer d’une gestion personnelle à une gestion plus structurée », a-t-il expliqué. Partenariats privés, sponsoring, merchandising et exploitation des ressources numériques figurent parmi les pistes avancées. L’objectif est clairement affiché : rendre les clubs économiquement plus autonomes. « Si, en 2030, on parle encore des subventions, c’est un échec collectif », a prévenu Idriss Diallo. Pour lui, la professionnalisation économique des clubs constitue l’une des conditions de la pérennité du football ivoirien.
Faire des championnats de véritables produits sportifs
Deuxième axe : la transformation des compétitions nationales. La Ligue 1, la Ligue 2, la Division 3 et le football féminin doivent, selon le projet présenté, gagner en attractivité grâce à une meilleure organisation, des calendriers davantage anticipés, une utilisation optimisée des infrastructures et une meilleure valorisation des droits. Cette transformation doit également s’appuyer sur le numérique.
Face à des jeunes générations dont les habitudes de consommation ont profondément évolué, Idriss Diallo veut investir davantage les plateformes digitales. « Il faut aller les trouver là-bas, dans leur téléphone », a-t-il lancé. L’ambition est de développer des contenus susceptibles de rapprocher les jeunes du championnat ivoirien et de faire des compétitions nationales de véritables produits sportifs et médiatiques.
La formation au cœur du projet
La formation constitue un autre pilier du programme. Le candidat entend renforcer le rôle de la Direction technique nationale, améliorer la détection des talents, mieux structurer les centres de formation et accélérer la formation des éducateurs. « La formation des formateurs est capitale », a insisté Idriss Diallo.
Le football féminin figure également parmi les priorités, avec la volonté de poursuivre sa professionnalisation et d’intensifier la détection des talents dans les différentes régions du pays. À cela s’ajoutent les questions d’infrastructures et de performance des sélections nationales, avec une ambition affichée : inscrire durablement la Côte d’Ivoire parmi les nations régulièrement présentes sur les grandes scènes internationales. « La participation de la Côte d’Ivoire aux grandes compétitions internationales doit être une évidence et non une exception », a résumé le président-candidat.
« Les propriétaires, c’est vous »
Devant les représentants des clubs, Yacine Idriss Diallo a enfin voulu rappeler la place centrale de ces derniers dans le fonctionnement du football ivoirien. « Les propriétaires, c’est vous. Les clubs, c’est à vous », a-t-il déclaré, présentant la Fif et son équipe comme des gestionnaires au service du développement de l’écosystème. L’objectif affiché est de laisser, au terme des quatre prochaines années, « des traces concrètes et durables ». À Yamoussoukro, entre le souvenir de son élection de 2022, le symbole de la renaissance des Éléphants et le soutien public de huit clubs, Idriss Diallo a donc voulu transformer cette dernière étape de campagne en message de continuité.
Les clubs présents ont, eux, clairement affiché leur préférence. Reste désormais au scrutin du 12 septembre de mesurer la portée réelle de cette dynamique et de confirmer, ou non, le rapport de forces dessiné au cours de cette campagne.
Eric KOUAKOU