Longtemps indécise, souvent tendue, parfois chaotique, cette finale a basculé dans la démesure dans le dernier quart d’heure du temps réglementaire. Les Lions de la Teranga ont pourtant fini par triompher, grâce à un éclair de Pape Gueye en prolongation (94e), au terme d’un match où les deux équipes auraient pu prétendre au sacre. Après leur première étoile glanée en 2021 face à l’Égypte aux tirs au but, les Sénégalais en ajoutent une seconde, différente, plus âpre, forgée dans la controverse et la résistance. Le Maroc, pays hôte, sort lui avec le sentiment cruel d’un titre qui lui a échappé de peu.
Dès les premières minutes, la rencontre donne le ton. Sur le premier corner du match, Yassine Bounou se met en évidence en repoussant une reprise de Pape Gueye (6e). Le Sénégal accepte de laisser le ballon à ses adversaires, défend très bas et mise sur des transitions rapides. Le Maroc, lui, tente de presser haut, parfois au risque de s’exposer. Les occasions s’équilibrent. Eliman Ndiaye, lancé par Nicolas Jackson après une longue séquence de passes, bute sur un Bounou impérial (38e). Dans les arrêts de jeu, Lamine Camara voit sa frappe contrée avant qu’une contre-attaque marocaine ne frôle l’ouverture du score (45e+4). À la pause, le score est nul, mais l’intensité est déjà exceptionnelle.
Portés par un stade acquis à leur cause, les Lions de l’Atlas accélèrent au retour des vestiaires. Les vagues marocaines se succèdent sur le but d’Édouard Mendy, sans réussite. À l’heure de jeu, El Khanouss dépose un centre parfait pour El Kaabi, dont la reprise passe tout près du poteau (58e). Le Sénégal plie, mais ne rompt pas. Sarr, Niakhaté et toute la ligne défensive multiplient les interventions de secours. Un long arrêt de jeu, après un choc laissant Neil El Aynaoui le visage ensanglanté, casse le rythme (69e). Pape Thiaw en profite pour injecter du sang neuf, avec les entrées d’Ismaïla Sarr, Ibrahim Mbaye et Abdoulaye Seck. Le match s’embrase encore un peu plus dans le dernier quart d’heure.
Bounou sauve une nouvelle fois le Maroc face à Mbaye (89e). Puis, dans huit minutes d’un temps additionnel interminable, le stade croit exploser. Sur un corner sénégalais, le ballon termine au fond des filets, avant que l’arbitre n’annule le but pour une faute préalable sur Achraf Hakimi (90e+2). La décision provoque une colère immédiate et généralisée.
Panenka ratée
Dans la foulée, sur un autre corner, Brahim Diaz s’écroule dans la surface. L’arbitre hésite, consulte la VAR sous la pression du public, puis désigne le point de penalty. Le chaos s’installe. Les bancs s’échauffent, des supporters tentent d’envahir la pelouse, et Pape Thiaw demande à ses joueurs de quitter le terrain, par protestation ou par souci de sécurité.
Après de longues minutes de confusion, Sadio Mané, seul à être resté sur la pelouse, convainc ses partenaires de revenir. Édouard Mendy, lui, s’impose déjà dans le duel psychologique. Brahim Diaz s’élance finalement… et manque totalement sa tentative. Panenka ratée ou frappe dévissée, le ballon termine dans les gants du gardien sénégalais, immobile (90e+14).
La prolongation démarre dans une atmosphère électrique. Et très vite, le Sénégal frappe. À la 94e minute, Pape Gueye devance Hakimi et envoie une frappe surpuissante dans la lucarne de Bounou. Rabat se fige. Les Lions de la Teranga exultent. Réduits à dix après la blessure d’Igamane, les Marocains jettent leurs dernières forces dans la bataille. En-Nesyri trouve le poteau (105e). Mendy multiplie les arrêts, le Sénégal joue avec son expérience, ralentit le jeu, résiste. Cherif Ndiaye manque même le but du break après avoir éliminé Bounou (109e).
Le siège final ne suffira pas. Cette fois, les Lions de la Teranga tiennent bon. Walid Regragui avait promis que Rabat ne deviendrait pas un nouveau traumatisme pour le Maroc. Ce fut pourtant pire encore. Le Sénégal survit, souffre, mais triomphe. Sous la pluie, mêlée aux larmes du pays hôte, les Lions de la teranga célèbrent un sacre conquis avec les dents. Les Lions de l’Atlas n’ont pas démérité certes, mais envers et contre tout le Maroc, le Sénégal a arraché sa 2e étoile.
Eric KOUAKOU