En noir de la tête aux pieds. C’est ainsi que Volodymyr Zelensky s’est présenté à la Conférence sur la sécurité de Munich, qui s’est tenue du vendredi 14 au dimanche 16 février. Après avoir fait du tee-shirt kaki un symbole de la résistance, il arbore désormais un polo sombre et un regard grave, témoins de l’épuisement accumulé depuis le 24 février 2022, date du début de l’invasion russe.
Entre pressions internes et soutiens occidentaux fluctuants, le président ukrainien se retrouve dans une situation de plus en plus délicate. La guerre s’enlise, l’aide internationale montre des signes d’essoufflement, et la lassitude se fait sentir chez un dirigeant qui, il y a encore quelques mois, incarnait l’indomptable résistance ukrainienne.
« En 2019, Zelensky était un homme toujours souriant, optimiste à l’excès, convaincu qu’il pourrait négocier un accord de paix avec la Russie et moderniser l’économie ukrainienne », explique un de ses proches soutiens. Aujourd’hui, ce même observateur le décrit comme « nerveux, fatigué et en proie à des accès d’impatience ». « Il a les traits marqués par des nuits sans sommeil (…) un homme consumé par la guerre. »
Décisions contestées
Depuis Kiev, la journaliste Ariane Chemin confirme que, derrière la fatigue évidente du président, ses récentes décisions politiques ravivent d’anciennes critiques sur sa gestion du pouvoir. Le dernier épisode en date a particulièrement choqué : la mise en retrait brutale d’un lieutenant-général qui venait pourtant de dénoncer publiquement « l’impréparation de l’armée ukrainienne il y a trois ans ». Son renvoi immédiat sur le front dans la région de Donetsk a été perçu comme une punition politique.
Ce geste rappelle le limogeage controversé du général Valeri Zaloujni, ancien commandant en chef des forces armées, dont le premier tome des mémoires vient de paraître et s’arrache dans les librairies et stations-service du pays. Cette popularité persistante de Zaloujni laisse entendre un malaise grandissant au sein de la hiérarchie militaire et politique ukrainienne.
Une « paix politique sacrée » brisée
À Kiev, une autre décision de Zelensky suscite la controverse : les sanctions pour « trahison » visant l’ancien président Petro Porochenko, malgré son impopularité. Pour plusieurs figures politiques et analystes, cette initiative brise une « paix politique sacrée » en pleine guerre et accentue les divisions internes au moment où l’unité nationale est essentielle.
Si Zelensky reste le visage de la résistance ukrainienne face à Moscou, ses récentes décisions politiques et son attitude de plus en plus rigide inquiètent certains de ses alliés. Alors que l’Ukraine continue de lutter contre l’agression russe, le président ukrainien doit désormais faire face à une autre bataille : celle de la confiance de son propre peuple.
E.K.