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Les cas de méningite explosent en France où le vaccin recommandé n’est plus adapté. Si l’on pense évidemment à la Covid-19, qui avait obligé le report des précédents Jeux Olympiques à Tokyo et leur tenue à huis-clos, d’autres maladies infectieuses seront dans les starting bloc pour tenter de remporter la médaille d’or. En juillet 2024, les Jeux Olympiques de Paris vont donner au méningocoque une occasion en or de se propager, préviennent les professionnels de santé. Cette bactérie adore les rassemblements publics, puisqu’ elle se transmet par les sécrétions rhinopharyngées lors des contacts étroits (moins d’un mètre), directs et prolongés (plus d’une heure).
Comme tout grand rassemblement international, les Jeux Olympiques de Paris qui auront lieu cet été seront propices à la diffusion de nombreuses maladies infectieuses. Parmi elles, les infections invasives à méningocoques (IIM) suscitent une attention particulière. MéninGo, une association de professionnels de santé et de patients de la méningite créée en octobre dernier, tente d’alerter les autorités sur le risque d’une explosion des cas de méningites durant les prochaines olympiades. « Près de seize millions de touristes sont attendus à Paris pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 », explique MéninGo. « Cet afflux de visiteurs présente des risques majeurs en termes de circulation virale et bactérienne, y compris de méningocoque ».
Cas de méningites en forte augmentation
Une alerte émise alors que les cas d’infections invasives à méningocoques, après avoir quasiment disparu durant les années de la pandémie de Covid-19 à la faveur des mesures sanitaires, sont en forte augmentation. Ainsi, sur les neuf premiers mois de l’année 2023, 421 cas d’infections invasives à méningocoques ont été relevés en France, contre 298 en 2019, soit une augmentation de 36 % « alors même que le pic hivernal n’a pas encore eu lieu » alertait en novembre dernier le Centre national de référence des méningocoques de l’Institut Pasteur. Des chiffres qui peuvent sembler faible, sauf lorsqu’on se souvient qu’environ 10 % des cas d’IMM sont mortels et que les survivants peuvent conserver de graves séquelles (amputation, paralysie, perte de la vue…).
Si MéninGo tire la sonnette d’alarme sur une possible explosion des cas de méningite, c’est aussi parce que la France n’est pas suffisamment armée sur le plan vaccinal estime l’association. Seule la vaccination contre le sérogroupe C, est en effet obligatoire en France pour les nourrissons nés à compter du 1er janvier 2018 (avec un rattrapage possible jusqu’à 24 ans). La vaccination contre le sérogroupe B est quant à elle uniquement recommandée pour les nourrissons. Contrairement à d’autres pays européens qui ont inscrit dans leur calendrier vaccinal le vaccin tétravalent protégeant contre les sérogroupes A, C, W et Y, la France ne recommande ce vaccin qu’à certains patients souffrant de comorbidités bien précises. A noter qu’il n’existe pour le moment qu’un seul vaccin protégeant contre les cinq sérogroupes (A, B, C, W, Y) : le Penbraya du laboratoire Pfizer, autorisé aux Etats-Unis le 20 octobre dernier, mais pas encore dans l’Union Européenne.
Modification des recommandations vaccinales
Il était prévu que la Haute Autorité de Santé (HAS) modifie ses recommandations vaccinales en 2019 pour y inclure le vaccin tétravalent, mais l’épidémie de Covid-19 a relégué la question au second plan. La HAS envisage désormais de réviser ses recommandations vaccinales concernant les IMM en avril prochain.
Trop tard pour les experts de la méningite, qui estiment que c’est dès maintenant qu’il faut vacciner la population en prévision des Jeux Olympiques. « Pour être prêt pour les JO en juillet, il faut prendre une décision et l’appliquer immédiatement » estime Charles Wolf, directeur général de la branche vaccins de Sanofi, qui rappelle qu’après la décision de la HAS, il faudra encore attendre plusieurs mois et les négociations sur le prix de remboursement des vaccins pour que la campagne de vaccination puisse réellement commencer.
Certes, les vaccins tétravalents sont d’ores et déjà disponibles, mais ils ne sont pas remboursés et « sans recommandation de la HAS, les médecins ne prescrivent pas » ajoute Charles Wolf. Vacciner les enfants et les adolescents permettrait pourtant de les protéger eux et le reste de la population, puisque « les adolescents sont les premiers porteurs sains du méningocoque » rappelle Ala-Eddine Deghmane, spécialiste des méningocoques à l’Institut Pasteur.
Source MéninGO