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Le cadre du Ppa-Ci a rappelé, avec une chronologie précise, les événements majeurs qui ont plongé la Côte d’Ivoire dans deux décennies de violences : coups d’État manqués, rébellion de 2002, crise postélectorale de 2010-2011, massacre de populations à l’Ouest, procès à la Cour pénale internationale (Cpi), ainsi que les zones d’ombre persistantes liées à l’impunité, en particulier du côté des forces pro Alassane Ouattara.
Selon lui, l’absence d’enquêtes crédibles et exhaustives a laissé place à des récits partisans, nourrissant un profond sentiment d’injustice chez une partie de la population ivoirienne. Justin Koné Katinan a expliqué que dans ce contexte, Laurent Gbagbo estime indispensable de relancer les investigations auprès de la Cpi afin de situer les responsabilités de toutes les parties, y compris celles concernant la rébellion, les acteurs politiques, les puissances étrangères et les institutions internationales, dont la France et l’Onu.
Le collaborateur de Laurent Gbagbo a fait comprendre qu’il s’agit d’un appel à la responsabilité collective. « Le président Laurent Gbagbo n’a pas envoyé une affaire au tribunal à la Cpi. Déjà la chambre préliminaire, lorsqu’elle autorisait le procureur à ouvrir une enquête sur la situation en Côte d’Ivoire, avait instruit le procureur de lui fournir également toutes les informations dont il disposerait concernant la rébellion… Donc, la Cpi avait déjà mentionné ça. Jusqu’à ce jour, la Cpi n’est jamais revenue sur cette affaire », a-t-il fait remarquer.
Le conférencier a invité les Ivoiriens à avoir le courage d’affronter les fantômes du passé. « Ce sont les faits qui déterminent les criminels. Les criminels ne sont pas présumés. Or, il y a une série de faits qui ont eu lieu au même moment… Donc, le président Laurent Gbagbo n’a fait que rappeler l’engagement pris par la Cpi. Il n’a pas porté plainte. Et il n’est pas seul. L’Observatoire ivoirien des droits de l’Homme a saisi, le 3 octobre 2024, le bureau de la Cpi pour le relancer sur la situation de la Côte d’Ivoire », a-t-il martelé.
Justin Koné Katinan a précisé que Laurent Gbagbo ne vise personne en particulier, que son intérêt est la Côte d’Ivoire, et que son message est « patriotique ». « Ayons le courage d’affronter les fantômes de notre passé. Ne laissons pas les fantômes de notre passé nous effrayer. Il faut les vaincre. Pour les vaincre, il faut que nous acceptions de poser les actes qui vont dans le sens de la réconciliation. Ce faisant, le président n’est pas dans une logique de vengeance. En droit, dans une société, la justice n’est jamais un instrument de vengeance… Que personne n’ait peur », a-t-il soutenu. Pour lui, une réconciliation durable ne peut se construire que sur la vérité, la justice équitable et la réparation. « Il n’y a pas de règlement de compte en matière judiciaire », a-t-il clarifié.
Élément clé de la lettre de Gbagbo
Le président du Csp du Ppa-Ci a souligné que les rancœurs non résolues peuvent continuer d’empoisonner le vivre-ensemble et fragiliser la Nation. Sur ce point, le conférencier a signifié que l’élément clé du message de Laurent Gbagbo porte sur les massacres survenus dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. « Dans tout ça, l’élément clé de la requête du président Laurent Gbagbo, c’est la question des massacres de l’Ouest. C’est une plaie purulente qui ne peut pas rester sur le front de la Nation. Tôt ou tard, si ça ce n’est pas évacué, ça ressurgira… Les rancœurs se transmettent de génération en génération. Et lorsque la chaîne des rancœurs ne s’arrête pas, vous êtes en train de préparer une mine explosive pour les générations à venir », a-t-il lâché.
Justin Koné Katinan a été questionné sur le fait que Laurent Gbagbo a rendu sa lettre publiquele lundi 8 décembre 2025, au même moment où se tenait la prestation de serment du président Alassane Ouattara, son adversaire politique de longue date. « Nous sommes maîtres de notre calendrier. Le président est maître de son calendrier. Au moins, reconnaissons-lui ce droit-là d’abord », a répondu l’ex-ministre du Budget de Laurent Gbagbo.
Une question a porté sur le cas de l’ex-chef de la rébellion, Guillaume Soro. L’ancien président de l’Assemblée nationale, président de Générations et peuples solidaires (Gps, dissous par la justice ivoirienne en juin 2021) soutient les actions du front commun constitué par le Ppa-Ci et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda). Cela, pour lutter contre le « 4e mandat » du président Alassane Ouattara.
Le cas Soro
Justin Koné Katinan a fait savoir que le message de Laurent Gbagbo concerne la culpabilité et la responsabilité des uns et des autres dans les crises ivoiriennes. « Gps ne fait pas partie du front commun. C’est vrai que sur des questions bien précises, l’organisation d’élections propres, ainsi de suite, il y a une convergence de vue, mais le front commun n’a pas été créé pour préserver l’impunité. Le front commun a été créé pour une histoire bien précise. Les questions que le président a posées, c’est des questions bien précises. Et je pense que le président Soro lui-même, il doit se poser ces questions : qui est bénéficiaire, donc qui a financé la rébellion ? (…) C’est toutes les mains qu’on soupçonne d’avoir guidé et financé que l’on cherche », a dit le cadre du Ppa-Ci.
Axel KONE