À Flushing Meadows, l’odeur de cannabis n’est plus une surprise. Casper Ruud l’avait déjà pointée du doigt après son premier tour : “C’est omniprésent, même sur les courts. Quand on est fatigué et qu’on joue à ce niveau d’intensité, c’est extrêmement irritant.” Alexander Zverev, lui, avait comparé le court 17 au “salon de Snoop Dogg”, en référence au célèbre rappeur consommateur de marijuana.
Si certains relativisent en invoquant la législation locale, le problème est bien plus profond. Car la consommation de drogue dans un espace sportif ne touche pas seulement les spectateurs : elle affecte l’environnement des joueurs, brouille leur concentration et envoie un signal désastreux pour l’image du sport.
Le cannabis, malgré sa légalisation civile, reste une drogue dont les effets néfastes sur la concentration, les réflexes et la santé respiratoire sont avérés. Dans un stade où l’excellence sportive devrait être au centre, la banalisation de son usage est une contradiction flagrante. Les sportifs de haut niveau, modèles pour des millions de jeunes, se retrouvent à évoluer dans un climat imprégné d’une substance qui affaiblit la vigilance et altère les performances.
C’est aussi une question d’éthique : le sport repose sur la discipline, la rigueur et le respect du corps. Tolérer qu’une drogue circule librement dans les tribunes d’un tournoi majeur revient à envoyer le message que les règles de protection de la santé et de l’intégrité sportive sont secondaires face aux logiques locales de légalisation.
Un système à deux vitesses
Le problème va au-delà de l’US Open. Contrairement à la plupart des grandes fédérations internationales, de nombreuses ligues professionnelles américaines (NBA, NFL, MLB, NHL) ne sont pas signataires du code mondial antidopage de l’Agence mondiale antidopage (AMA). Cela crée une zone grise inquiétante : les athlètes américains évoluent parfois sous des règles différentes, plus souples, qui ne garantissent pas la même équité que dans le reste du monde.
Cette absence d’alignement affaiblit la lutte antidopage et laisse la porte ouverte à des pratiques qui minent l’intégrité sportive. Quand certaines substances sont sanctionnées au niveau international mais tolérées ou banalisées aux États-Unis, c’est l’unité même du sport mondial qui vacille.
Défendre l’éthique sportive
L’affaire de l’US Open montre les limites d’un système où la législation civile prend le pas sur l’éthique sportive. Si les organisateurs ne peuvent aller à l’encontre des lois de l’État de New York, ils pourraient au moins renforcer la vigilance dans les tribunes afin de protéger les sportifs et préserver l’image d’un tournoi qui se veut prestigieux.
Djokovic et Ruud ne dénoncent pas seulement une nuisance olfactive : ils rappellent, à travers leur exaspération, qu’un stade n’est pas un lieu de consommation de drogue, mais un espace de performance, de respect et d’exemple.
Le sport ne peut tolérer que ses règles soient fragilisées par des logiques locales ou commerciales. Tant que certaines ligues et compétitions refuseront d’adhérer pleinement au code mondial antidopage, les incohérences perdureront — et l’éthique sportive, elle, continuera de s’effriter.
J.F.PAGNI