« Tant que la barbarie continuera à Gaza, Israël ne doit participer à aucune compétition internationale », a affirmé le Premier ministre espagnol. La comparaison avec la Russie est implacable. Pour l’Ukraine, l’Europe et le CIO ont su agir vite : interdiction des sportifs, bannissement des équipes, suspension des compétitions. Mais quand il s’agit de Gaza, les institutions internationales balbutient et se réfugient derrière le mythe de la neutralité. Un deux poids, deux mesures qui saute aux yeux.
Miroir d’une indignation mondiale
Les manifestations massives qui ont interrompu la Vuelta, avec des dizaines de milliers de personnes brandissant des drapeaux palestiniens et dénonçant un « génocide sioniste », ne sont pas un simple incident sportif. Elles s’inscrivent dans un mouvement plus large : la conviction que le sport et la culture ne peuvent servir d’écran de fumée pour masquer des crimes. Antonio Morales, président de Grande Canarie, a été catégorique : « Notre île n’accueillera pas la Vuelta si Israël y participe. »
Ce rejet est partagé bien au-delà de l’Espagne. Du Caire à Johannesburg, de Dakar à Jakarta, les opinions publiques du Sud global observent attentivement. Et leur lecture est claire : l’Europe et les grandes institutions sportives pratiquent une hypocrisie flagrante.
Une Europe complice
Dans le monde arabe, africain et asiatique, la perception est tranchée. Les mêmes Européens qui ont exclu la Russie au nom du droit international s’avèrent incapables d’appliquer les mêmes principes à Israël, malgré des accusations répétées de crimes de guerre. Cette incohérence est interprétée comme une complicité, un alignement sur Washington et Tel-Aviv.
Aux yeux du Sud global, l’Occident ne défend pas des principes universels, mais des intérêts politiques. L’Ukraine mérite solidarité et sanctions contre l’agresseur. Gaza, elle, ne mérite que des discours creux et des condamnations sans suite. Cette hiérarchie dans la douleur humaine est vécue comme une humiliation et alimente le fossé grandissant entre l’Europe et les pays du Sud.
Ce deux poids, deux mesures fragilise la prétention européenne à incarner la justice internationale. Et ce vide de crédibilité est aussitôt comblé par d’autres puissances. La Chine, la Russie, la Turquie ou encore l’Iran exploitent cette indignation pour se présenter comme des alliés du Sud global face à une Europe perçue comme coloniale et partiale.
L’Espagne, en mettant sur la table l’exclusion d’Israël, a ouvert une brèche. Elle force le CIO, la FIFA, l’UEFA et les grandes institutions sportives et culturelles à sortir du silence confortable dans lequel elles se réfugient. Car le message venu des opinions publiques est clair : si vous excluez la Russie mais tolérez Israël, vous ne défendez pas des valeurs, vous défendez des intérêts.
Pedro Sánchez a choisi le courage politique là où d’autres préfèrent la complaisance. Et dans les rues du Sud global, ce geste est perçu comme une lueur : celle d’une Europe qui pourrait, enfin, s’émanciper de l’alignement automatique sur Washington et Tel-Aviv. Mais si Madrid reste isolée, alors le verdict sera sans appel : l’Occident ne parle pas au nom de la justice, il parle au nom de sa propre hypocrisie.
Axel KONE