Dans une déclaration ferme, le chef Gouedan a mis fin aux spéculations. « Le Djidji Ayokwè qui a été arraché à la communauté est celui qui va retrouver ses terres. » Pour lui, il ne peut y avoir d’ambiguïté. « On ne peut pas avoir de manifestation devant une copie. La manifestation, c’est devant l’original », a-t-il insisté, appelant au respect de la mémoire communautaire. Le notable s’est appuyé sur des éléments historiques et iconographiques. Il évoque notamment une photographie souvent brandie dans la polémique, montrant un enfant de colon assis sur un tambour à Bingerville. Selon lui, cette image ne peut représenter l’instrument sacré. « Si le tambour était dans son sanctuaire à Adjamé, jamais un enfant n’aurait pu monter dessus. Le sang a coulé sur ce tambour », a-t-il rappelé, en référence à l’histoire spirituelle et guerrière liée au Djidji Ayokwè.
Il précise également que la « queue » du tambour avait été brisée avant sa déportation vers Bingerville, un détail connu de la communauté et incompatible, selon lui, avec certaines images diffusées. Au-delà des arguments historiques, le chef Gouedan affirme que l’authentification ne date pas d’hier. « Nous avons des parents qui étaient étudiants en France dès 1972 et qui ont authentifié ce Djidji Ayokwè », a-t-il déclaré. Il raconte aussi l’émotion ressentie lors d’une visioconférence avec la ministre de la Culture et la direction du musée. « Quand le tambour a été présenté, nous avions les larmes aux yeux. Même les enseignants-chercheurs présents nous regardaient. Nous sommes fiers aujourd’hui. »
Âgé de 65 ans, il se souvient d’avoir grandi avec la réplique du tambour, exposée sur un mur, intouchable. « Les gens d’aujourd’hui n’ont pas entendu ce tam-tam. Moi, j’étais tout petit », confie-t-il, rappelant que le Djidji Ayokwè est avant tout une voix, un instrument de communication et de pouvoir. Les chefs traditionnels ont également souligné le rôle du Premier ministre Robert Beugré Mambé, membre de la grande famille Atchan. Pour eux, le retour du Djidji Ayokwè a été porté « au plus haut sommet de l’État ». Pour le chef Gouedan, l’essentiel est ailleurs : « Il faut arrêter la polémique et célébrer le retour. »
La cérémonie de libation, conduite selon la tradition par le chef de Cocody village, premier lieu de migration du peuple Atchan, s’est tenue en présence des autorités ivoiriennes et françaises. La ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a signé l’acte officiel de transfert de propriété entre la France et la Côte d’Ivoire. Elle a salué l’engagement du président ivoirien Alassane Ouattara et de son homologue français Emmanuel Macron, ainsi que l’implication de la ministre française de la Culture Rachida Dati.
Une affaire nationale
Pour Françoise Remarck, la restitution dépasse la seule communauté Atchan. Elle constitue un symbole de mémoire, d’histoire et d’unité nationale. Chercheurs, conservateurs, enseignants et experts du patrimoine ont été mobilisés tout au long du processus. À l’issue de la cérémonie, le tambour a été placé dans un espace sécurisé du musée, en attendant son transfert vers la Côte d’Ivoire. Après 110 ans d’absence, le Djidji Ayokwè s’apprête à retrouver ses terres. Et, selon ses gardiens, il ne s’agit pas d’une copie, mais bien de la voix originelle du peuple Atchan.
Axel KONE