Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a remis au centre de sa politique moyen-orientale une logique de confrontation directe avec Téhéran, combinée à un soutien inconditionnel à Israël. Résultat : les États du Golfe se retrouvent coincés entre leur alliance stratégique avec Washington et leur besoin vital d’éviter une explosion régionale.
Le paradoxe est brutal. Les monarchies du Golfe ont investi des centaines de milliards de dollars pour transformer leurs pays en hubs mondiaux du tourisme, de la finance, de l’intelligence artificielle et du sport. Mais chaque montée de tension avec l’Iran rappelle une réalité géopolitique implacable : leur prospérité repose sur une stabilité qu’elles ne contrôlent plus totalement.
La guerre autour de Gaza a profondément fragilisé cette équation. En soutenant sans réserve les opérations israéliennes tout en multipliant les déclarations provocatrices sur l’avenir du territoire palestinien, Donald Trump a placé les dirigeants arabes dans une position intenable. Plusieurs analyses soulignent l’inquiétude des pays du Golfe face au coût politique et sécuritaire de cette stratégie.
Car dans les rues arabes, la colère contre les bombardements à Gaza reste immense. Les dirigeants du Golfe, eux, doivent ménager leurs opinions publiques tout en préservant leur partenariat militaire avec les États-Unis. Une ligne de crête de plus en plus difficile à tenir.
L’Iran demeure le cœur du problème. Depuis des années, l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis tentaient de réduire les tensions avec Téhéran afin de sécuriser leurs infrastructures pétrolières et leurs routes commerciales. Mais la nouvelle pression américaine ravive le spectre d’une confrontation directe.
Le détroit d’Ormuz reste la principale vulnérabilité des monarchies du Golfe. Une escalade militaire avec l’Iran pourrait immédiatement perturber les exportations énergétiques mondiales et faire vaciller les économies de la région. Les récentes tensions autour du trafic maritime et des installations stratégiques montrent que ce scénario n’est plus théorique.
Le Liban constitue un autre foyer explosif. Les affrontements entre Israël et le Hezbollah menacent directement l’équilibre régional. Chaque frappe israélienne à Beyrouth ou au sud-Liban accroît le risque d’un embrasement généralisé impliquant l’Iran et, par ricochet, les alliés arabes de Washington.
En réalité, les monarchies du Golfe apparaissent aujourd’hui comme les financeurs d’un ordre régional qu’elles ne maîtrisent plus. Elles signent des contrats records avec Washington, accueillent des bases militaires américaines et investissent massivement dans l’économie occidentale, mais restent exposées en première ligne aux conséquences d’une guerre qu’elles ne souhaitent pas.
Donald Trump présente souvent le Moyen-Orient comme un immense terrain de négociations commerciales et de rapports de force. Ses visites dans le Golfe ont surtout mis en avant des accords militaires, technologiques et énergétiques colossaux. Mais derrière les annonces spectaculaires, les dirigeants arabes savent qu’une seule frappe majeure sur leurs infrastructures pétrolières pourrait anéantir des années de diversification économique.
La réalité est là : les monarchies du Golfe ne sont plus seulement des partenaires des États-Unis. Elles sont devenues les otages stratégiques d’une confrontation entre Washington, Israël et l’Iran, dont les fronts s’étendent désormais de Gaza au Liban, en passant par le Golfe persique lui-même.
Et pendant que les chancelleries parlent de paix et de stabilité, la région continue de s’enfoncer dans une logique de guerre permanente.
J.F.PAGNI