Le candidat à sa propre succession a abordé ces sujets sans esquiver les critiques. Sur le cas Emerse Faé, le président sortant revendique pleinement la décision qui a conduit à la nomination de l’ancien international ivoirien à la tête des Éléphants. Pour Idriss Diallo, ce choix demeure « la meilleure décision pour l’avenir du football ivoirien ». « Lorsque je l’ai désigné, on m’a traité de fou. Mais j’ai suivi ma conviction et ce que je savais de lui. Le choix que j’ai fait est un choix que je pense être bon pour le football ivoirien », a-t-il déclaré.
Il a également rappelé avoir maintenu son soutien à Faé malgré les critiques qui avaient suivi la CAN disputée au Maroc. « On m’a traité de protecteur de Faé puisque j’ai toujours mis ma poitrine pour le défendre. À l’issue de la Can au Maroc, il y a eu une campagne orchestrée pour demander son départ. Je suis resté sur ma position en disant : il fait son travail, il atteint ses objectifs, je le soutiens », a-t-il expliqué. Selon lui, Faé avait alors rempli les objectifs qui lui avaient été fixés, notamment lors de la Coupe du monde. Mais cette étape franchie, Idriss Diallo estime qu’il était temps d’ouvrir un nouveau cycle.
« De la même façon que je l’ai désigné il y a deux ans, de la même façon je lui ai dit qu’il ne continuait plus. Je vais prendre quelqu’un d’autre », a-t-il affirmé. Le président sortant estime désormais que la sélection doit se projeter sur un nouveau cycle, marqué notamment par deux Can successives, la Ligue des nations annoncée pour 2029 et la perspective de la Coupe du monde 2030.

« Il s’est retiré de sa propre volonté »
Autre sujet évoqué au cours de l’émission : l’intention de candidature de Malick Tohé, premier vice-président du Comité exécutif de la Fif. Alors qu’il avait publiquement annoncé son intention de briguer la présidence de la Fédération, Malick Tohe a finalement renoncé à se présenter et apporté son soutien à la candidature d’Idriss Diallo. Le président sortant assure qu’aucun compromis n’a été conclu pour obtenir ce retrait. « Malick l’a dit devant la nation qu’il était candidat et que finalement, il n’est plus candidat parce qu’il estime qu’on a plus de choses en commun que de divergences. Pour moi, ce sont ces choses en commun qui comptent et ce sont ces choses en commun que nous avons mises dans ce programme », a-t-il déclaré. Et d’insister : « Il n’y a pas de compromis. Ce n’est pas moi qui l’ai demandé, il s’est retiré. Il s’est retiré de sa propre volonté. »
La question de la présence des joueurs évoluant dans le championnat ivoirien au sein de l’équipe nationale A a également suscité un échange direct. Idriss Diallo estime que le niveau du championnat local ne peut pas être comparé à celui des grands championnats européens, où évoluent la majorité des internationaux ivoiriens. « Vous savez que nos championnats sont des championnats qui n’ont pas le niveau des championnats européens. Nos joueurs sont formés ici, ils commencent ici. Après, ils vont prendre de la bouteille dans les pays développés et puis ils reviennent », a-t-il expliqué.
Interrogé pour savoir si cela signifiait que les joueurs actuellement engagés dans le championnat ivoirien n’avaient pas le niveau requis pour intégrer les Éléphants, le président de la Fif a répondu sans détour : « Oui, il n’a pas le niveau du championnat d’Espagne. » Pour autant, Idriss Diallo refuse l’idée d’imposer des quotas ou d’intervenir dans les choix du sélectionneur. « Ma vision, c’est que j’ai confiance en mes coachs, au point même d’être naïf. Quand je donne ma responsabilité, mon comité exécutif me dit : voilà, prenez ce coach, voilà les ressources qu’on lui donne pour travailler. Je ne peux pas le payer au nom du comité exécutif et puis aller faire son travail à sa place », a-t-il soutenu.

Il affirme ainsi ne pas intervenir dans la sélection des joueurs, sauf lorsque le technicien lui demande son avis. « Si le coach estime que le joueur doit être là parce qu’il a le niveau, il sera là. Ce qu’un coach d’une équipe nationale fait, c’est prendre les meilleurs joueurs ivoiriens du moment », a-t-il ajouté. Pour Idriss Diallo, les performances et le mérite doivent primer sur toute logique de quota : « Quand il les prend aujourd’hui, dans un mois, ça peut ne plus être le même. Donc, il ne faut pas aller mettre des notions de quota pour perturber son travail. »
« C’est ma méthode »
Autre reproche régulièrement adressé au président de la Fif : sa présence fréquente dans le vestiaire des Éléphants. Idriss Diallo l’assume et explique cette proximité par une expérience qui, selon lui, a profondément changé sa manière de gérer l’équipe nationale. « Chaque manager gère selon sa méthode. Et moi, c’est ma méthode. Elle peut plaire, elle peut ne pas plaire, mais c’est ma méthode », a-t-il répondu. Il a notamment évoqué la lourde défaite concédée par les Éléphants face à la Guinée équatoriale, sur le score de 4-0. « Quand les Éléphants ont perdu 4-0 contre la Guinée équatoriale, tous ceux qui font les commentaires n’étaient pas là. J’étais seul dans le vestiaire avec ces jeunes gens. Je sais ce que nous avons vécu », a-t-il raconté.
Cette expérience l’aurait convaincu de renforcer sa présence auprès des joueurs. « Depuis que j’ai vécu ça avec ces jeunes gens, j’ai compris qu’il était nécessaire d’avoir une présence plus importante que celle que j’avais auparavant. Depuis, j’ai pris l’engagement d’être avec eux et de les accompagner », a-t-il expliqué. Tout en reconnaissant que chacun est libre d’apprécier sa méthode, Idriss Diallo revendique sa responsabilité de président. « La responsabilité qui est la mienne, ce n’est pas d’entendre ou de juger ce qu’on me dit. C’est de faire au mieux ce qu’on m’a confié », a-t-il conclu.
À la veille du scrutin de Yamoussoukro, le président sortant entend ainsi défendre une ligne claire : assumer ses choix, faire confiance à son encadrement technique et poursuivre la transformation engagée à la tête du football ivoirien.
Axel KONE