À quelques jours du vote, la position d’Assalé Tiémoko Antoine était attendue. Dans une déclaration officielle signée du secrétaire exécutif Roger Youan, le mouvement Aujourd’hui et Demain, la Côte d’Ivoire (ADCI), fondé en juin 2024, a fait savoir ce 21 octobre qu’il ne donnera aucune consigne de vote pour la présidentielle du 25 octobre 2025. Le choix, selon ses dirigeants, découle d’un constat d’« impasse démocratique » et d’un climat politique « verrouillé ».
« Après une large consultation de sa base militante, ADCI informe l’opinion nationale de sa décision de n’apporter son soutien à aucun candidat dans la course à cette élection présidentielle », indique le communiqué. Le mouvement rappelle avoir encouragé l’opposition à « un consensus autour d’une candidature unique » dès le premier tour, sans succès.
« élection verrouillée »
Dans sa déclaration, ADCI dresse un tableau préoccupant de la situation sociopolitique du pays. Le mouvement dénonce « la répétition des mêmes erreurs » depuis les années 1990, entre « mensonges, exclusions, roublardises et violences politiques ». Selon lui, la Côte d’Ivoire vit un « cycle infernal » qui a transformé la conquête du pouvoir en « entreprise d’humiliations sociales ».
Assalé Tiémoko et son mouvement accusent le régime du RHDP de contrôler « le processus électoral de bout en bout » et d’imposer un climat de peur. « L’on assiste au musèlement de toutes voix discordantes par la répression violente et disproportionnée des manifestations populaires », écrit ADCI, dénonçant également « l’instrumentalisation des institutions et des chefs traditionnels ».
La formation évoque une « mobilisation sans précédent de 44 000 hommes » des forces de sécurité, interprétée comme un signal d’intimidation plutôt que de protection. Elle fustige aussi l’interdiction de toutes manifestations politiques non liées à la campagne électorale, qualifiée de « violation de trop de la Constitution ».
ADCI a également réagi aux récents incidents violents enregistrés dans plusieurs localités. Le mouvement présente ses condoléances aux familles d’Ernest Allouan, manifestant tué à Bonoua, de Marc Kprohi, décédé à Daloa, et du sous-lieutenant de gendarmerie Daniogo Lassina, tué à Grand-Yapo.
« ADCI se félicite de la célérité avec laquelle des suspects ont été interpellés dans l’affaire de l’assassinat du lieutenant Daniogo et appelle à faire toute la lumière sur les circonstances de toutes les morts liées à cette crise », poursuit le texte, avant de condamner « toutes les formes de violence, d’où qu’elles viennent ». Le mouvement exprime par ailleurs sa solidarité aux personnes détenues dans le cadre des troubles récents, ainsi qu’à « tous les concitoyens injustement embastillés, contraints à l’exil ou contraints à vivre cachés ».
Respect des droits fondamentaux
La décision de ne soutenir aucun candidat se veut, selon ADCI, une marque d’indépendance et de fidélité à ses principes. « ADCI déplore la dialectique de l’élection verrouillée et ne saurait s’associer à une élection qui ne célébrera point la cohésion sociale, mais la division du pays », souligne la déclaration.
Fidèle à son rôle d’« éveilleur de consciences », le mouvement dit vouloir rester du côté du peuple, refusant de cautionner un processus jugé inéquitable. Il réaffirme son attachement au respect des droits fondamentaux et à la dignité humaine, estimant que « nul ne devrait mourir pour ou à cause de la politique ».
Enfin, ADCI plaide pour l’ouverture d’un « dialogue national » réunissant toutes les forces vives de la Nation — et non un simple « dialogue politique » entre partis. « Il vaut mieux être face-à-face autour d’une table pour se parler sincèrement que face-à-face dans les rues », conclut la déclaration.
À quelques jours du scrutin, cette prise de position d’Assalé Tiémoko Antoine, connu pour son franc-parler et sa proximité avec la société civile, pourrait influencer une partie de l’électorat indécis. Le député de Tiassalé, qui s’était engagé à rester en dehors de la course, choisit ainsi de maintenir sa posture d’observateur critique, tout en appelant à un sursaut collectif pour éviter à la Côte d’Ivoire « une nouvelle crise de trop ».
J.F.PAGNI