En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, l’État a décidé de mettre la main à la poche pour éviter une crise durable dans les zones rurales. Face aux difficultés d’écoulement des fèves observées depuis plusieurs semaines, le gouvernement va racheter environ 123 000 tonnes de cacao invendues, recensées dans les principales zones de production. À 2 800 FCFA le kilogramme, prix garanti bord champ, la facture globale s’élève à près de 344,4 milliards de FCFA.
L’annonce a été faite à Abidjan, le 20 janvier, par le ministre de l’Agriculture, Kobenan Kouassi Adjoumani, lors d’une conférence de presse très attendue par les acteurs de la filière. Pour l’exécutif ivoirien, il s’agit avant tout de rassurer les producteurs, inquiets de voir leurs sacs de cacao s’accumuler au bord des pistes, sans acheteur. « L’objectif est clair : préserver le revenu des planteurs et maintenir le prix garanti à un niveau historiquement élevé », a insisté le ministre. Depuis le début de la campagne principale, le kilogramme de cacao est fixé à 2 800 FCFA, un record dans l’histoire récente du pays. Un prix que le gouvernement entend défendre coûte que coûte, malgré la dégradation du contexte international.
Car sur les marchés internationaux, la tendance n’est plus à l’euphorie. Depuis septembre 2025, les cours du cacao ont fortement reculé. À Londres, la tonne est passée de plus de 5 000 livres sterling à environ 3 500 livres, soit une chute d’environ 30 %. Un retournement brutal qui a refroidi certains acheteurs et ralenti les enlèvements dans les zones de production ivoiriennes.
Jusqu’ici, cette baisse n’a pas été répercutée sur les producteurs locaux. En cause : le système de ventes anticipées mis en place par le Conseil du Café-Cacao, qui avait permis de sécuriser à l’avance plus de 85 % de la production nationale estimée. C’est sur cette base que l’État avait pu annoncer, en début de campagne, un prix producteur record.
les axes pour désengorger le bord champ
Pour faire face à la situation actuelle, les autorités misent sur un dispositif articulé autour de trois actions majeures. D’abord, un inventaire précis des stocks invendus dans l’ensemble des bassins de production.
Ensuite, le rachat effectif de ces stocks par l’État, au prix garanti, en lien avec l’Organisation interprofessionnelle agricole Café-Cacao et les autorités administratives locales. Enfin, une vaste campagne d’information et de sensibilisation destinée aux producteurs, coopératives et acheteurs, afin d’accélérer l’enlèvement des fèves. « Il s’agit de rétablir rapidement la liquidité dans les zones de production et de fluidifier l’évacuation du cacao vers les usines et les ports », explique un cadre du secteur. Les premiers enlèvements sont annoncés dans les tout prochains jours, avec un dispositif appelé à durer tout au long de la campagne principale.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est considérable pour l’économie ivoirienne. Le cacao représente 15 à 20 % du PIB, environ 40 % des recettes d’exportation, et fait vivre entre 6 et 8 millions de personnes, soit près d’un quart de la population. On estime à près d’un million le nombre d’exploitations familiales engagées dans la cacaoculture.
Dans ce contexte, toute remise en cause du prix au producteur pourrait avoir des conséquences sociales importantes. En choisissant de racheter le cacao invendu, l’État cherche donc à éviter une crise de confiance dans les campagnes et à préserver la stabilité dans les zones rurales, pilier de la première économie cacaoyère mondiale. Reste désormais à voir si ce mécanisme suffira à absorber durablement les tensions du marché et à garantir, sur la durée, un revenu décent aux producteurs ivoiriens.
Axel KONE