Le bras de fer continue. Le Canada a détaillé, mardi 25 août, sa riposte aux droits de douane de 50 % imposés par Donald Trump le week-end dernier, après la rupture des discussions commerciales par le Premier ministre canadien, Mark Carney. Ottawa a ainsi annoncé des droits de douane sur plus de 700 produits importés des États-Unis. “La nouvelle liste canadienne couvre environ 20 milliards de dollars annuels [17 milliards d’euros] d’importations des États-Unis, soit la même valeur que les exportations canadiennes affectées par les droits de douane [américains]”, observe The New York Times.
Ces biens seront taxés généralement à 25 % ou 50 %, et à 15 % pour un plus petit nombre, à compter du 8 septembre. La promesse de Mark Carney de répliquer “au dollar près” est ainsi tenue, souligne le National Post, à toronto, et l’escalade assumée. “La mesure la plus significative est un doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium états-uniens, portés à 50 %”, précise le quotidien new-yorkais. En outre, “les produits laitiers, les produits de la mer, l’électroménager, le matériel agricole, les pâtes et papiers et l’électronique” sont notamment visés, précise La Presse, “soit les mêmes produits canadiens qui sont les plus touchés par les droits de douane américains”. “La réplique canadienne est donc mesurée pour le moment”, commente le titre québécois. “Pour l’heure, le gouvernement Carney n’a pas recours à ‘l’option nucléaire’, comme certains analystes l’ont décrite, en imposant une surtaxe à l’exportation de l’énergie comme le pétrole et l’électricité, ou encore les minéraux critiques et la potasse.” Toujours au Québec, Le Devoir évoque de la même façon une “stratégie d’apaisement”.
Autre annonce majeure : “Ottawa a aussi présenté mardi un plan de soutien à hauteur de 7,5 milliards de dollars [canadiens, soit près de 5 milliards d’euros] pour les travailleurs et entreprises du Canada affectés par la dernière vague en date de droits de douane états-uniens”, souligne The Globe and Mail. Le Canada est “uni dans sa réponse” face au “défi sans précédent” représenté par la guerre commerciale lancée par les États-Unis, a déclaré le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, l’un des quatre ministres qui ont présenté les mesures canadiennes.
“Beaucoup d’économistes estiment que vu la taille de l’économie canadienne, environ un douzième de celle des États-Unis, ses représailles feront l’effet d’une sarbacane dans une fusillade”, écrit le New York Times. Elles risquent aussi de pénaliser des entreprises canadiennes en renchérissant leurs approvisionnements. Cela n’empêche pas les Canadiens de soutenir largement ces représailles, selon des sondages.
Lundi 24 août, Donald Trump avait dit vouloir porter en outre à 50 % les droits de douane sur les voitures, les camions, les pièces automobiles et l’acier en provenance du Canada. Ce mardi, à la première heure, il y est allé d’une nouvelle menace, plus symbolique : son pays “envisage sérieusement” de changer le nom du lac Ontario en “lac Amérique” (“lake America”). Un changement justifié “dans la mesure où nous ne pensons plus faire beaucoup d’affaires avec l’Ontario”, écrit Trump, qui entretient avec le Premier ministre de cette province, Doug Ford, une relation particulièrement tendue. “Trump veut renommer le lac Ontario et clame son amour du Québec”, titrait ainsi La Presse ce mardi. Un drôle de grand écart, et pour cause : “Une demi-heure plus tard, Trump a tenu à assurer […] qu’il n’empêcherait ‘jamais les Canadiens de parler français’.”
Comme le rappelle le journal, “une des raisons principales évoquées par Mark Carney pour rompre les négociations était la nouvelle demande des États-Unis d’éliminer les obligations en matière d’affichage en français et d’étiquetage bilingue au Québec”. Trump assure désormais qu’il s’agit d’un “mensonge” destiné aux Québécois. “J’aime les Canadiens français !” conclut le président dans son post.
J.F.P.