La campagne de bombardements ciblant les principales figures du mouvement du Hezbollah a commencé en janvier dernier, avec la mort de Wissam Tawil, commandant de l’unité d’élite al-Radwan. Elle s’est poursuivie en juillet avec la mort de Fouad Chokr, le chef militaire du Hezbollah, et s’est accélérée en septembre, dans la foulée des explosions de bipeurs et de talkie-walkie qui ont, sans doute, totalement désorganisé le mouvement chiite.
Le 20 septembre, un bombardement a fait 15 morts parmi les membres d’al-Radwan, dont le chef de l’unité Ibrahim Aqil. Le 23 septembre, Ali Karaké, considéré comme le numéro 3 du mouvement, a été visé.
Éliminer les commandants du Hezbollah les uns après les autres
Le lendemain, il s’agissait d’Ibrahim Koubaissi, responsable notamment des tirs de missiles et de roquette. Il serait fastidieux de faire la liste de tous les responsables tués par Israël ces dernières semaines, mais il est certain que l’État hébreu avait pénétré l’organigramme du Hezbollah et était en mesure de localiser les principaux commandants du mouvement pour les attaquer.
La stratégie était donc d’éliminer les uns après les autres ces commandants. Toute une génération, celle qui a fondé le Hezbollah au début des années 1980, est décapitée. Une fois localisés, ce sont des bombardements massifs qui ont visé à chaque fois les lieux de résidence ou de refuge des commandants – sans tenir compte des victimes collatérales, des nombreux civils tués ou blessés lors de ces frappes. Ces bombardements avaient comme objectif ultime, et désormais atteint, la mort du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah.
Comment Nasrallah a été éliminé
L’opération du 28 septembre contre le leader du Hezbollah aurait été finalisée deux jours plus tôt, quand les services de renseignement israéliens ont eu la confirmation d’une réunion des hauts responsables du Hezbollah dans le bunker du quartier de Dahiyé, à Beyrouth. Le voyage de Benyamin Nétanyahou à New York a fait office de diversion. C’est le mercredi 25 septembre que le cabinet de sécurité israélien a su que les conditions politiques et opérationnelles de l’élimination de Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, étaient enfin réunies.
Aussitôt, les préparatifs ont commencé, en attendant d’avoir la confirmation du jour et de l’heure exacts où les responsables de l’organisation terroriste allaient se réunir dans le bunker du quartier de Dahiyé, à Beyrouth, rapporte The Jérusalem Post. À ce moment précis, tout reposait sur les capacités des services de renseignement israéliens et sur le succès d’une manœuvre de diversion.
“Benyamin Nétanyahou, le Premier ministre israélien, a continué de faire comme si de rien n’était. Il a donné son feu vert aux discussions sur le processus de cessez-le-feu et décidé de s’envoler pour les États-Unis à bord du Wing of Zion, l’équivalent israélien de l’avion présidentiel américain, Air Force One.” Un voyage qui a servi à endormir la vigilance des dirigeants du Hezbollah “qui ont mordu à l’hameçon” – sans quoi la réunion prévue dans le quartier général clandestin de l’organisation chiite n’aurait pas eu lieu.
Tout au long de son vol vers les États-Unis, jeudi 26 septembre, le Premier ministre israélien a continué ses consultations avec les responsables des services de renseignement et de l’armée de l’air. “Jeudi soir, le cabinet de sécurité s’est réuni par téléphone jusqu’à 4 heures du matin, heure d’Israël, 9 heures de New York. Benyamin Nétanyahou a suivi les derniers préparatifs depuis sa chambre d’hôtel aux États-Unis, en liaison avec le ministre de la Défense, Yoav Gallant, le chef d’état-major de l’armée israélienne, Herzi Halevi, et le chef du Mossad, David Barnea”, précise le quotidien israélien.
Les derniers renseignements attendus sur la réunion des chefs du Hezbollah à Beyrouth n’auraient été obtenus que très peu de temps avant le discours que devait prononcer Benyamin Nétanyahou devant les membres de l’ONU.
“Alors qu’ils se rassemblaient vendredi dans un bunker situé à plus de 20 mètres sous terre dans le sud de Beyrouth, Nasrallah et les autres hauts dirigeants du Hezbollah étaient en situation d’assiégés”, confirme The Wall Street Journal. Le quotidien américain explique que la planification de l’attaque du 28 septembre a débuté il y a plusieurs mois, les responsables militaires israéliens réfléchissant à la meilleure façon de percer un bunker souterrain.
Des bombes de 900 kilos
L’attaque de Beyrouth a reproduit une stratégie déjà déployée à Gaza contre les responsables du Hamas. “Les Israéliens n’hésitent pas à utiliser des bombes très puissantes quand il s’agit d’éliminer les hauts dirigeants du Hamas ou du Hezbollah, y compris dans les zones urbaines où ces frappes risquent de faire de nombreuses victimes civiles”, souligne le Wall Street Journal. En juillet, l’aviation israélienne avait ainsi largué huit bombes de 900 kilos sur le camp d’al-Mawasi, près de Khan Younès, pour éliminer Mohammed Deif, le chef des Brigades Ezzedine Al-Qassam, la branche armée du Hamas, et Rafa Salama, commandant de cette organisation à Khan Younès.
Ce sont ces mêmes bombes qui ont été lâchées vendredi à Beyrouth. L’analyse d’une vidéo diffusée par l’armée israélienne le confirme. “La vidéo montre huit avions équipés d’au moins 15 bombes de 900 kilos, dont des bombes BLU-109 de fabrication américaine équipées d’un kit JDAM, un système de guidage de précision”, explique The News York Times. Des bombes baptisées bunker busters (“briseuses de bunker”), capables de pénétrer sous terre avant d’exploser, et dont l’administration Biden avait suspendu la livraison à l’armée israélienne en mai dernier, “en raison de préoccupations concernant la sécurité des civils à Gaza”.
“L’ampleur de la frappe a été conçue pour garantir d’avoir les meilleures chances de tuer Nasrallah”, explique au Wall Street Journal Joseph Votel, général quatre étoiles à la retraite et ancien commandant des forces américaines au Moyen-Orient.
Plus de lignes rouges
Photos et images satellites montrent que l’attaque a détruit au moins quatre immeubles d’habitation d’au moins sept étages chacun. Samedi 28 septembre, le ministère libanais de la Santé indiquait qu’au moins 33 personnes avaient été tuées et plus de 195 blessées par les frappes. Un bilan qui devrait s’alourdir, de nombreuses personnes étant encore ensevelies sous les décombres.
L’opération réussie contre Nasrallah démontre les capacités acquises par le renseignement israélien depuis la “seconde guerre du Liban”, en 2006, estime le Jérusalem Post, alors qu’“on ne savait pas où Nasrallah se cachait et qu’on ne disposait que de très peu d’informations sur lui, inutilisables sur le plan opérationnel”. L’élimination du leader du Hezbollah montre aussi que les dirigeants israéliens sont prêts à franchir toutes les lignes rouges pour assurer la sécurité de leur pays, analyse de son côté le Wall Street Journal. “Sa mort laisse un vide à la tête de la milice la plus lourdement armée du monde et change la donne au Moyen-Orient.”
Avec AFP et Courrier international