Le gouvernement, au grand complet, était réuni, sous la présidence du chef de l’Etat, Alassane Ouattara, mercredi 1er avril 2026, au palais de la présidence de la République, à Abidjan-Plateau, où avait lieu un Conseil des ministres, de 11 heures à 13 heures. La conférence de presse sanctionnant ce rendez-vous au sommet a permis au porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, de faire des clarifications sur plusieurs sujets.
Interrogé sur l’existence d’un décret présidentiel supprimant douze (12) districts autonomes, et sur l’absence de communication officielle sur le sujet, Amadou Coulibaly a réagi : « Vous avez vous-même indiqué que c’est un décret du président de la République qui a mis un terme aux fonctions des districts. Tous les décrets sont publiés au journal officiel. Donc, il n’y a pas meilleure façon de rendre publique une décision du chef de l’État ».
Rappel
Au mois de juin 2021, le président de la République, Alassane Ouattara, a créé 12 nouveaux districts autonomes en Côte d’Ivoire par le décret n°2021-277 du 09 juin 2021. Ces nouvelles entités se sont ajoutées à celles existantes, en l’occurrence, les districts autonomes d’Abidjan et de Yamoussoukro portant ainsi le nombre des districts à quatorze (14). L’idée générale qui a présidé à la création de 12 nouveaux districts était d’accélérer le développement local, la décentralisation ainsi que le renforcement de la coordination des projets d’État au niveau régional. Ces districts étaient administrés par des ministres gouverneurs, pour la plupart, d’anciens membres du gouvernement. Le 7 janvier 2026, un décret présidentiel a mis fin aux fonctions des ministres gouverneurs. Plus de deux semaines plus tard, le 26 janvier 2026, un nouveau décret réinstallait Ibrahima Cissé Bacongo et Augustin Thiam, respectivement, dans les fonctions de ministre gouverneur du district autonome d’Abidjan et du district autonome de Yamoussoukro. Dès lors, une question occupait les esprits : quid des 12 ministres gouverneurs non reconduits ? Des sources crédibles, mais non officielles, ont indiqué des semaines après que les 12 autres districts autonomes avaient, en réalité, été supprimés par décret. La réponse donnée, mercredi 1er avril 2026, par le porte-parole du gouvernement achève de situer l’opinion.
Avenir de la Cei
Questionné sur l’avenir de la Commission électorale indépendante (Cei), le ministre de la Communication n’a pas confirmé l’existence de discussions en vue de la réforme de l’organe électoral. « Pour ce qui est de la Commission électorale indépendante, c’est une institution. C’est vrai que les questions électorales relèvent aussi du ministère de l’Intérieur. Mais à ce jour, je n’ai pas encore appris qu’il y avait des discussions qui étaient en cours pour un quelconque nouveau format de la Commission électorale indépendante », a avancé Amadou Coulibaly. L’achèvement du récent cycle électoral et la fin du mandat du président de la Cei, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, ont relancé le débat sur l’avenir de l’organe électoral.
Le porte-parole du gouvernement a été invité à se prononcer sur la polémique en lien avec le nouveau président du Conseil national des droits de l’Homme (Cndh), Dr Adjélou Christian Arnaud. Ce dernier est au centre de nombreuses critiques : ses détracteurs lui reprochent notamment sa « partialité » et mettent, dès lors, en doute sa capacité à diriger le Cndh au regard des textes qui régissent l’organe. Lors d’un débat, sur une chaîne de télévision privée, Dr Adjélou Christian Arnaud avait assumé son appartenance au parti présidentiel, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp).
Dans la foulée de la désignation du juriste en qualité de président du Cndh, un extrait vidéo du débat a été largement partagé sur les réseaux sociaux, alimentant la polémique. « Je pense qu’il y a d’autres compétences qui ont prévalu. C’est un homme de droit. Donc, à partir de ce moment, il est suffisamment outillé pour parler de questions de droits de l’homme. Je pense que cette compétence-là est suffisante pour le faire. Maintenant, il est élu président. Laissons-le exercer », a, d’abord, réagi Amadou Coulibaly. Puis d’ajouter : « Il ne faut pas lui faire un procès d’intention. Maintenant, si dans l’exercice de sa fonction, il n’est pas impartial, il ne défend pas les droits de l’homme comme il devrait le faire, à partir de ce moment, on pourrait le juger. Donc, il faut éviter le procès d’intention. Mais je doute fort que l’appartenance à un parti politique ait été le critère à cette élection. Parce que c’est une élection et parmi les membres de la commission, il y a aussi des personnes de la société civile qui figurent. Je serais fort surpris que toutes ces personnes soient unanimes à désigner un militant d’un parti politique uniquement pour son adhésion à un parti politique. Il y a très certainement d’autres valeurs qui ont prévalu ».
Programme d’urgence
Pendant le compte rendu du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement a exposé sur les mesures prises afin de lutter contre les coupures d’électricité dans le pays, plus spécifiquement dans la ville d’Abidjan et les localités environnantes. M. Coulibaly a fait savoir que son collègue en charge du Pétrole, des Mines et de l’Energie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a fait une intervention dans la phase des divers du Conseil déclinant sa politique pour adresser définitivement cette question de coupure d’électricité. « Un programme d’urgence d’un coût d’environ 32 milliards de francs cfa est en train d’être exécuté et devrait permettre, dans quelques semaines, de mettre un terme à ce phénomène. Il faut noter que la situation sera définitivement réglée avec la mise en œuvre du programme national de réhabilitation du réseau électrique », a déclaré Amadou Coulibaly. Et de poursuivre : « comme je vous l’ai indiqué, les instructions ont été données pour le déploiement de ce programme d’urgence dont vous avez pu voir le lancement à la télé ».
Donnant des explications sur la cause de ces coupures d’électricité, le membre du gouvernement a indexé le niveau de chaleur élevé que le pays a connu au cours du premier trimestre 2026. « Les coupures actuelles sont essentiellement dues à une surexploitation des câbles transportant l’énergie pour environ 80% de ces coupures et pour un dépassement des capacités des transformateurs, ce qui explique des baisses de tension dans certains quartiers… Cette augmentation de la demande en cette période est due à la forte chaleur que nous avons connue, qui est au-delà des chaleurs habituelles d’environ 14%, ce qui a augmenté la demande des consommateurs et a entraîné une surexploitation de toutes les installations actuelles », a argumenté le ministre de la Communication.
Amadou Coulibaly a aussi soulevé la question de la crise du cacao. Il a fait observer qu’un point de la situation a été fait par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, sur la situation qui prévaut dans la filière cacao ainsi que les actions entreprises pour apporter le soutien de l’Etat aux producteurs. « Un exposé du ministre de l’Agriculture a permis de faire le point de l’ensemble des mesures qui sont prises aujourd’hui en vue de stabiliser la commercialisation interne de ce produit phare de notre agriculture par un soutien constant de l’État de Côte d’Ivoire aux producteurs de cacao », a rapporté Amadou Coulibaly.
Notons que le Conseil des ministres convoquait 16 points à son ordre du jour dont 12 projets de décrets, essentiellement des mesures générales, 2 mesures individuelles et 2 points de divers.
J.F.PAGNI