Les circonstances exactes de la fusillade restent floues et les versions des deux camps divergent. Mais l’affrontement a surtout révélé au grand jour une rivalité ancienne entre deux des principaux acteurs de l’appareil sécuritaire ukrainien, jusqu’ici largement contenue dans les coulisses. D’un côté se trouvaient des membres de l’unité Tymour, une force spéciale rattachée au HUR et restée proche de son ancien patron, Kyrylo Boudanov, aujourd’hui chef de l’administration présidentielle. De l’autre, des agents du SBU, qui accusent les hommes du HUR d’avoir entravé une opération de contre-espionnage.
Jeudi soir, Volodymyr Zelensky a annoncé le limogeage de deux « chefs adjoints » issus des deux services, sans toutefois préciser leur identité. Selon le président ukrainien, ces deux responsables « portent la responsabilité de cette situation ». « C’est tout à fait justifié : les deux services doivent rendre des comptes, car tous deux ont agi d’une manière absolument inacceptable », a déclaré Volodymyr Zelensky. Plusieurs personnes ont été blessées lors de la fusillade, selon le SBU, qui n’a pas fourni davantage de précisions.
Vendredi, un membre du HUR identifié par plusieurs médias ukrainiens comme Sergiy Ivanov, placé en détention après les faits, a été remis en liberté par un tribunal de Kiev. Il reste toutefois soumis à une obligation de signaler ses déplacements. Un officier du SBU doit également comparaître devant la justice. De son côté, le HUR a dénoncé jeudi 3 septembre une « campagne de désinformation » destinée, selon l’agence, à « discréditer » le renseignement militaire et « ses unités de combat ». Dans son communiqué, le service n’a pas directement évoqué son affrontement avec le SBU.
Une rivalité ancienne entre deux puissants services
Le SBU et le HUR jouent tous deux un rôle central dans la guerre menée par l’Ukraine contre la Russie. Leurs missions se recoupent toutefois sur plusieurs terrains, notamment le contre-espionnage, les opérations clandestines et les actions derrière les lignes russes. Cette proximité nourrit depuis longtemps une rivalité entre les deux institutions. L’affrontement de Kiev pourrait ainsi être le symptôme d’une lutte de pouvoir plus profonde au sein de l’appareil sécuritaire ukrainien.
L’analyste politique Volodymyr Fessenko a estimé sur Facebook que l’origine du conflit pourrait résider dans « la confrontation personnelle et politique » entre Oleksandr Poklad, à la tête du SBU, et Kyrylo Boudanov, ancien chef du HUR et actuel responsable de l’administration présidentielle.
L’incident de Berezniaky intervient ainsi dans un contexte où les rapports de force au sein des services de sécurité ukrainiens semblent de plus en plus difficiles à contenir. En intervenant directement et en sanctionnant des responsables des deux camps, Volodymyr Zelensky cherche désormais à mettre fin à une confrontation dont l’épisode armé de Kiev a exposé publiquement les fractures.
J.F.PAGNI