La comparaison avec les Gilets jaunes revient à mesure que la contestation s’étend. Après le blocage du dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, en début de semaine, de nouvelles actions ont été menées jeudi 17 septembre dans plusieurs ports du sud de la France.
À Frontignan, Sète et Nice, des pêcheurs ont à leur tour bloqué ou perturbé l’accès à des installations portuaires. Leur revendication porte notamment sur le coût du carburant, devenu difficilement supportable pour leurs activités.
Le mouvement, encore circonscrit, attire déjà l’attention au-delà des frontières françaises. La presse étrangère y voit le risque d’une nouvelle flambée de colère autour du prix de l’énergie. Le quotidien italien Corriere della Sera évoque ainsi un pays où se mêlent guerre, pétrole, colère des pêcheurs et souvenir des « gilets jaunes ».
Le spectre des Gilets jaunes ressurgit
Le souvenir est particulièrement sensible en France. En novembre 2018, une contestation née de la hausse des prix des carburants et de la fiscalité appliquée à l’essence et au diesel avait rapidement pris une ampleur nationale.
Le mouvement des Gilets jaunes avait commencé par des appels à bloquer les routes avant de devenir une contestation beaucoup plus large, portant notamment sur le pouvoir d’achat et le sentiment d’abandon d’une partie des Français.
À l’époque, Emmanuel Macron défendait la hausse de la fiscalité sur les carburants au nom de la transition écologique. Début novembre 2018, il déclarait ainsi « assumer parfaitement » cette hausse, alors que les appels à la mobilisation du 17 novembre se multipliaient.
La contestation allait rapidement dépasser la seule question fiscale et provoquer l’une des crises sociales les plus importantes du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Face à l’ampleur de la mobilisation, le gouvernement avait progressivement infléchi sa position. Le 4 décembre 2018, le Premier ministre Édouard Philippe annonçait la suspension de la hausse des taxes sur les carburants. Le lendemain, l’Élysée annonçait finalement son annulation.
Emmanuel Macron avait ensuite annoncé plusieurs mesures en faveur du pouvoir d’achat, dont une hausse exceptionnelle du revenu des travailleurs rémunérés au niveau du Smic et des mesures concernant certains retraités. Le mouvement avait ainsi contraint l’exécutif à revoir une partie de sa stratégie et avait durablement marqué le premier mandat du président.
Cette fois, la colère part des pêcheurs
Le contexte actuel est toutefois différent. La mobilisation qui s’est développée cette semaine est d’abord portée par les professionnels de la pêche, directement exposés au coût du carburant nécessaire à leurs activités. Selon Il Fatto Quotidiano, les actions menées dans plusieurs ports visent à dénoncer un prix du carburant jugé devenu « insoutenable » par les pêcheurs.
Le mouvement intervient également dans un contexte international tendu, alors que les tensions au Moyen-Orient contribuent à alimenter les inquiétudes sur les cours du pétrole. Le risque, observé par plusieurs médias étrangers, est celui d’un élargissement progressif de la contestation à d’autres catégories professionnelles ou sociales confrontées à l’augmentation de leurs dépenses énergétiques.
« La France recommence à bouillir »
C’est précisément ce parallèle qui nourrit les commentaires de la presse étrangère. Le souvenir des Gilets jaunes reste associé à une mobilisation partie d’une revendication très concrète, le prix du carburant, avant de devenir le symbole d’un malaise social beaucoup plus large.
À ce stade, rien ne permet toutefois d’affirmer qu’un nouveau mouvement de cette ampleur est en train de se former. Les actions recensées jeudi restent concentrées dans plusieurs ports et sont principalement liées aux revendications des pêcheurs.
Mais le signal politique est déjà scruté avec attention : dans une France où la question du pouvoir d’achat reste sensible, une nouvelle flambée du prix des carburants pourrait rapidement replacer l’énergie au cœur de la contestation sociale.
Sept ans après les Gilets jaunes, le scénario n’est donc pas le même. Mais les images de dépôts pétroliers bloqués et de professionnels protestant contre le coût du carburant font inévitablement ressurgir le souvenir de 2018. Et, comme à l’époque, une question se pose déjà : jusqu’où cette colère peut-elle s’étendre ?
J.F.PAGNI