Le successeur d’Emerse Faé ne veut pas tout bouleverser. Pour son retour à la tête des Éléphants, le technicien français a choisi de conserver une large partie du groupe présent à la Coupe du monde, tout en injectant du sang neuf à certains postes. « Nous avons constitué cette liste sans vouloir tout remettre en cause. Nous nous sommes appuyés sur le groupe qui était présent à la Coupe du Monde », explique-t-il. Pour Renard, la Côte d’Ivoire dispose déjà d’une base solide. « Je pense que la Côte d’Ivoire est une bonne équipe. Mais il faut qu’elle devienne une très, très bonne équipe. »
Le nouveau sélectionneur revendique une forme de continuité avec le travail effectué avant son arrivée. Pas question, donc, de repartir d’une feuille blanche. « On ne va pas jeter ce qui a bien fonctionné. Je ne suis pas du genre à arriver en disant non. Au contraire, je félicite les personnes qui ont effectué le travail auparavant », assure-t-il.
Pour autant, Renard entend progressivement imprimer sa méthode. « Je pense simplement qu’un nouveau cycle commence », précise-t-il, tout en laissant la porte ouverte aux joueurs absents de cette première liste. « Cela ne signifie pas que ceux qui ne sont pas là aujourd’hui ne seront pas présents prochainement. Il faut d’abord être performant dans son club et, ensuite, nous verrons s’ils sont susceptibles de revenir avec nous. » Une manière de poser les règles du nouveau cycle : la concurrence sera ouverte et la performance en club constituera l’un des principaux critères de sélection.
Du sang neuf au milieu de terrain
Le renouvellement est particulièrement visible au milieu de terrain, où les retraites internationales de Jean-Michaël Seri et Seko Fofana ont laissé deux places importantes à pourvoir.Renard a décidé de miser sur plusieurs jeunes profils. Patrick Zabi, déjà présent dans le groupe lors de la préparation de la Coupe du monde sans avoir été retenu dans la liste finale, retrouve ainsi la sélection. Madou Koné fait également partie des nouveaux visages suivis par le sélectionneur.« C’est un jeune gaucher avec énormément de qualités », souligne Renard à propos de Koné.
Le cas de Malick Yalcouyé retient également son attention. Le jeune milieu, révélé dans le championnat ivoirien avant de poursuivre sa progression à l’étranger, s’est rapidement imposé comme l’un des profils montants du football ivoirien. « Sa progression est fulgurante et impressionnante. Il n’est jamais facile de s’imposer au plus haut niveau », estime le sélectionneur. Cette volonté de rajeunissement ne signifie toutefois pas la fin annoncée des cadres. Renard veut créer une concurrence capable de pousser les plus expérimentés à maintenir leur niveau. « Ils sont là pour déloger les anciens. C’est un éternel rituel qui revient sans arrêt », résume-t-il.
S’il entretient encore le suspense sur l’identité du capitaine, Hervé Renard a largement laissé entendre que Franck Kessié devrait conserver le brassard. « Je ne pense pas qu’il y ait quelque chose à changer de ce côté-là », glisse-t-il. Le sélectionneur rappelle que Kessié avait débuté en sélection sous ses ordres en 2015. « Cela fait donc longtemps. Je ne vais pas le mettre dehors tout de suite ! Félicitations à lui d’être toujours à un très haut niveau », poursuit-il. Renard assure par ailleurs avoir suivi de près les performances du milieu de terrain en Arabie saoudite et défend le niveau du championnat saoudien, parfois contesté : « Ceux qui peuvent avoir des doutes sur le championnat saoudien ont un peu tort. »
Le calendrier ne laisse guère de temps au nouveau sélectionneur pour installer ses principes. La Côte d’Ivoire commencera son parcours qualificatif face au Ghana, avant d’affronter la Somalie. Un troisième rendez-vous, amical celui-là, contre le Cameroun doit ensuite permettre de procéder à davantage de tests. « Nous n’avons pas beaucoup de temps à perdre. Nous entrons directement dans le vif du sujet avec un premier match contre un adversaire de très grande qualité, le Ghana », rappelle Renard.
Il insiste surtout sur la nécessité de ne pas considérer la qualification comme acquise. « Les deux premiers matches sont très importants. Il ne faut jamais perdre de vue que la qualification n’est jamais acquise. Il faudra donc être concentrés et déterminés dès les premiers instants de ces éliminatoires. »
Quatre jours pour préparer le Ghana
Le premier adversaire de cette nouvelle ère sera donc le Ghana, une sélection que Renard considère comme particulièrement dangereuse. « Le Ghana a réussi une belle Coupe du Monde. C’est une équipe difficile à déstabiliser », analyse-t-il. Le technicien français souligne également le travail de Carlos Queiroz, qu’il décrit comme un entraîneur « très expérimenté », capable d’organiser une équipe « assez compacte défensivement ».
Renard se méfie aussi de la capacité des Black Stars à exploiter les espaces en contre-attaque, notamment grâce à Antoine Semenyo, l’attaquant de Manchester City. Le défi sera d’autant plus important que le nouveau sélectionneur disposera de très peu de séances pour préparer cette rencontre. « Il va falloir être prêts après seulement quatre jours de travail en commun », constate-t-il.
Installer la concurrence sans perdre le collectif
Sur les 26 joueurs convoqués, Renard estime qu’environ deux tiers sont des habitués de la sélection, tandis qu’un tiers correspond à de nouvelles têtes. Un équilibre qui doit permettre, selon lui, d’installer une nouvelle dynamique sans fragiliser le groupe. « Il faut qu’il y ait de la concurrence partout. Un joueur n’est jamais au sommet de sa forme tout au long de l’année », explique-t-il.
L’intégration des jeunes devra toutefois être progressive. Renard rappelle que les performances en club ne garantissent pas automatiquement la réussite en sélection. « Porter le maillot des Éléphants de Côte d’Ivoire n’est pas toujours facile. Entre être très performant avec son club et l’être avec l’équipe nationale, il y a parfois une différence », souligne-t-il. Son rôle sera donc aussi de mettre ces nouveaux joueurs dans les meilleures conditions pour franchir ce cap.
La pression autour des Éléphants reste forte, notamment après les succès continentaux de 2015 et 2024. Renard dit connaître cette exigence et rappelle que les grandes victoires sont parfois précédées de périodes plus compliquées. « Il faut rester tranquille dans les moments d’euphorie et rester mesuré dans les moments un peu moins faciles », conseille-t-il.
Pour l’heure, le sélectionneur refuse de se projeter trop loin. Son objectif immédiat est clair : réussir l’entrée dans les éliminatoires de la CAN 2027. « Nous allons tout faire pour que cette équipe performe le mieux possible et que nous puissions franchir encore des étapes très importantes. Mais pour l’instant, concentrons-nous sur ces qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations avant de parler et de voir beaucoup plus loin. »
Pour son retour, Hervé Renard mesure aussi la portée de sa mission. Déjà sélectionneur des Éléphants par le passé, le Français affirme avoir choisi de revenir avec une motivation intacte. « C’est un honneur pour moi d’être de nouveau à la tête de cette équipe de Côte d’Ivoire. C’est l’endroit où j’avais envie de revenir », confie-t-il. Il adresse enfin ses remerciements au président de la Fédération ivoirienne de football, Idriss Diallo, qui lui a accordé sa confiance.
« Je ferai tout mon possible pour mériter la confiance qui m’a été accordée », promet-il.
Le nouveau cycle est donc lancé. Avec une ossature conservée, des jeunes appelés à bousculer la hiérarchie et une première échéance déjà particulièrement relevée face au Ghana, Hervé Renard entend avancer sans rupture brutale, mais avec l’ambition affichée de faire passer les Éléphants du statut de « bonne équipe » à celui de « très, très bonne équipe ».
Axel KONE