En ouvrant les travaux, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a salué l’engagement du Groupe de la Banque mondiale et de son vice-président pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ousmane Diagana.
Le ministre a rappelé que cette rencontre intervient à un moment clé pour les trois pays, engagés dans la Mission 300, un programme conjoint de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement visant à accélérer l’accès à l’électricité. La Côte d’Ivoire s’est fixée l’objectif d’un accès universel d’ici 2030, une ambition qui dépend largement de la disponibilité en gaz naturel, considéré comme le principal levier de transition énergétique pour la région.
Pour les trois pays, le diagnostic est partagé : le manque de gaz naturel pèse sur les finances publiques, renchérit la production électrique et oblige à recourir à des combustibles liquides, plus coûteux et plus polluants. Sangafowa-Coulibaly a rappelé le rôle central du gaz dans le mix énergétique ouest-africain.
La Côte d’Ivoire, productrice depuis les années 1990 grâce aux champs Foxtrot, Lion, Espoir et Baobab, connaît aujourd’hui un nouveau tournant avec les découvertes majeures des gisements Baleine et Calao. « Nous estimons entre 8 et 10 Tcf l’ensemble des ressources gazières connues dans notre bassin sédimentaire », a précisé le ministre. Des réserves qui renforcent la capacité du pays à soutenir la demande régionale, mais qui ne suffiront pas, selon lui, à couvrir l’ensemble des besoins ouest-africains.
Une coopération incontournable
D’où la nécessité, pour les pays présents, de renforcer leur coopération. Le Togo, représenté par son ministre délégué à l’Énergie et aux Ressources minières, Robert Koffi Messan Eklo, a insisté sur l’importance d’un partenariat solide fondé sur le gaz. Pour lui, l’accès à une énergie moins chère est un prérequis à l’industrialisation. « Nous sommes ouverts et désireux de saisir toutes les opportunités de collaboration », a-t-il déclaré, évoquant même l’idée d’une future institution sous-régionale dédiée au gaz.
Le Bénin, quant à lui, est arrivé avec une préoccupation différente : sans réserves gazières, et avec un réseau électrique de taille modeste, il peine à sécuriser des contrats d’approvisionnement durables. Son représentant, Édouard Dahomé, président de l’Autorité de régulation de l’énergie, a vu dans cette initiative régionale « une chance de stabiliser enfin des contrats gaziers et de soutenir le développement national ».
Les avantages d’une stratégie régionale
Ousmane Diagana, pour la Banque mondiale, a rappelé que le gaz naturel reste essentiel pour diversifier les sources d’énergie, réduire les coûts et soutenir l’industrialisation, notamment pour créer des emplois. Il a appelé à dépasser les approches strictement nationales au profit d’une stratégie collective.
Selon lui, un projet régional offre plusieurs atouts : économies d’échelle, meilleur pouvoir de négociation sur les marchés internationaux, force technique accrue et amélioration de la compétitivité. Ensemble, les trois pays pèseraient davantage dans les discussions internationales sur l’approvisionnement.
En conclusion, Sangafowa-Coulibaly a rappelé que la dépendance au gaz naturel reste élevée pour les trois pays et que les coûts actuels ne sont plus soutenables. À court terme, l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) est apparue comme l’option la plus réaliste pour combler les déficits.
Les trois pays ont convenu de travailler ensemble à un cadre régional coordonné pour l’importation de GNL. Un groupe de travail a été mis sur pied et dispose d’un mois pour approfondir cette option et proposer un projet solide, capable de bénéficier des appuis techniques et financiers de la Banque mondiale.
Ce sommet, présenté comme une première étape, ouvre la voie à une coopération énergétique renforcée. Pour la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin, l’enjeu est clair : bâtir une sécurité énergétique plus robuste, améliorer leur compétitivité et poser les bases d’un développement économique partagé.
Axel KONE