Tout, à Anchorage, a été pensé pour mettre en scène ce rapprochement. Tapis rouge déroulé, applaudissements de Donald Trump à la descente de l’avion, gestes appuyés lors de la conférence de presse conjointe.
Donald Trump a même applaudi, très brièvement, pendant que Vladimir Poutine s’avançait vers lui, sur un tapis rouge déroulé en travers du tarmac. Les deux hommes ont ensuite échangé une poignée de main énergique, des sourires, des amabilités certainement – leurs paroles étaient inaudibles pour les journalistes. Donald Trump a tapoté la main de son invité. L’ancien président démocrate voulait faire du maître du Kremlin un « paria » suite à l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Pour recevoir Vladimir Poutine, son successeur républicain a déroulé le tapis rouge, cerné de militaires en grande tenue, survolés par un bombardier furtif B-2 entouré d’avions de chasse. Vladimir Poutine est ensuite monté dans la limousine blindée présidentielle, surnommée « The Beast », pour rejoindre aux côtés de Donald Trump un bâtiment de la base. Là, les deux hommes, assis et flanqués de leurs conseillers, ont à nouveau brièvement posé devant la presse.
Le protocole a illustré la volonté américaine de réchauffer les relations avec la Russie. Des images qui tranchent avec des années de tensions et qui, pour Moscou, sonnent comme une victoire symbolique. Avant cela, Donald Trump avait estimé qu’il pourrait revoir « très bientôt » le président russe, ce à quoi Vladimir Poutine a réagi en lançant, en anglais et sur un ton léger : « la prochaine fois à Moscou. » « Oh, ça, c’est intéressant. Je serai un peu critiqué pour cela, mais j’imagine que cela pourrait arriver », a rétorqué le président américain, amusé.
De la trêve à la paix
Le changement de cap de Donald Trump constitue l’avancée la plus marquante. Alors que Washington plaidait jusque-là pour un cessez-le-feu encadré, le président américain a publiquement validé l’idée d’un accord de paix formel, reprenant quasiment mot pour mot le vocabulaire défendu par le Kremlin. Pour la diplomatie russe, c’est une reconnaissance de sa position et un succès politique majeur.
Un tournant stratégique
Ce sommet intervient dans un contexte international tendu, où la Russie cherche à sortir de son isolement diplomatique. La photo d’Anchorage consacre Vladimir Poutine comme interlocuteur incontournable et redonne à Moscou un rôle central dans la recherche d’une issue au conflit.
Pour les alliés européens et l’OTAN, ce rapprochement Trump-Poutine soulève autant de questions que d’inquiétudes. Mais du côté russe, le message est clair : Anchorage marque un basculement. Le Kremlin peut désormais se targuer d’avoir imposé son agenda et d’avoir déplacé le débat de la guerre vers celui de la paix, à ses conditions.
J.F.PAGNI