Quatre explosions sous-marines ciblées
Le navire de 183 mètres, battant pavillon panaméen et armé par la société turque Besiktas Shipping, a subi quatre voies d’eau distinctes à l’arrière, correspondant « à quatre explosions distinctes provoquées par des engins explosifs sous-marins », selon une source proche de l’enquête.
La Haute Autorité chargée de la coordination de la sécurité maritime sénégalaise précise que les engins étaient équipés de temporisateurs pour provoquer des déflagrations successives. L’opération aurait été exécutée par « au moins quatre plongeurs professionnels » utilisant des mines ventouses à aimants, de fabrication russe : des BPM-2, surnommées « tortues » pour leur forme semi-sphérique, ou des SPM perforantes, héritage de la technologie soviétique.
Implication ukrainienne confirmée
Si les spéculations sur la responsabilité ukrainienne avaient circulé dès le sabotage, une source proche du renseignement militaire ukrainien a reconnu officiellement l’opération pour la première fois. L’attaque, conduite par le même service de renseignement, relance la question de la légitimité et du respect du droit international dans la guerre commerciale et maritime qui se joue au large de l’Afrique de l’Ouest.
Un silence occidental inquiétant
L’affaire prend une dimension politique et diplomatique majeure. Malgré la reconnaissance implicite de Kiev, les gouvernements occidentaux restent silencieux. Ni l’Union européenne, ni les États-Unis, ni l’OTAN n’ont émis de condamnation publique ou de mesure de rétorsion. Ce silence alimente l’impression d’une tolérance implicite face à des actions ciblant des navires civils, alors même que les mêmes puissances dénoncent systématiquement d’autres violations maritimes ou attaques militaires dans des contextes moins stratégiques pour leurs intérêts.
Les experts dénoncent un précédent dangereux : « Si un État ou un service de renseignement peut attaquer des navires civils sans risque de réaction internationale, le commerce maritime mondial est directement menacé », explique un ancien officier de la marine sénégalaise.
Un précédent pour le commerce mondial
Au-delà de l’enjeu géopolitique, ce sabotage marque un tournant dans la sécurité maritime. Les armateurs et assureurs internationaux sont désormais confrontés à la possibilité que des navires civils deviennent des cibles stratégiques dans des conflits indirects. Le Sénégal, qui a coordonné l’enquête, pourrait être amené à renforcer la surveillance de ses eaux territoriales, tandis que le transport pétrolier mondial doit désormais envisager de nouvelles mesures de protection.
J.F.PAGNI