Les pays de l’Opep+ (Organisation des pays exportateurs de pétrole) ont annoncé, dimanche 1er mars, une augmentation de leur production de pétrole. Une décision prise après le blocage du détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique par lequel transite environ 20% du pétrole consommé dans le monde.
Lundi, à l’ouverture des marchés, le prix du baril risque fort de grimper drastiquement. S’il était de 72 dollars dimanche (contre 61 dollars début janvier), les experts s’attendent à ce qu’il soit bien plus haut. Auprès de l’Agence France-Presse, Amena Bakr, spécialiste de l’Opep+ et du Moyen-Orient chez Kpler, envisage que les cours du pétrole « évoluent entre 85 et 90 dollars » lundi. Depuis le début des tensions entre les États-Unis et l’Iran la semaine dernière, le brut avait déjà progressé.
Situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman, le détroit d’Ormuz constitue la principale voie de sortie des hydrocarbures des grands producteurs de la région. Depuis samedi soir, des dizaines de navires sont bloqués dans le Golfe persique. Les principaux armateurs mondiaux ont ordonné à leurs navires de suspendre leur navigation, une mesure de précaution qui ralentit fortement le trafic.
Le détroit n’est toutefois pas totalement fermé. « Pour le moment, le détroit n’est pas fermé véritablement. C’est plus une mesure de précaution prise par les navires et les compagnies d’assurance, qui ont très fortement augmenté leurs primes », explique Homayoun Falakshahi, responsable de l’analyse pétrolière chez Kpler, au micro de Pierre Olivier pour RFI. Il estime que « la puissance américaine, la force militaire qui est dans la région serait à même de sécuriser le passage ».
Selon lui, sans blocage prolongé, les prix ne devraient pas flamber durablement : « On est sur un marché du pétrole qui est en situation de surplus d’offre. Même si les prix ont eu tendance à augmenter ces dernières semaines, on est très loin des pics atteints au début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, où l’on avait atteint près de 140 dollars le baril. » Homayoun Falakshahi ajoute que l’administration américaine « sait cela » et que c’est aussi pourquoi elle s’est « permise de lancer ces grandes opérations d’envergure au Venezuela et en Iran ».
Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy interrogé par l’AFP, affirme que des « infrastructures alternatives au Moyen-Orient peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit », mais que l’impact net représenterait « une perte effective de 8 à 10 millions de barils d’offre de pétrole brut ».
En théorie, les pays importateurs disposent de réserves stratégiques équivalentes à 90 jours de consommation pour les membres de l’OCDE. Mais si le blocage perdure, « peu importe la quantité de pétrole dans les réserves stratégiques », souligne Amena Bakr, la perte des volumes exportés via Ormuz serait « tout simplement trop importante ».
Michelle Brouhard, autre analyste chez Kpler, juge que « le talon d’Achille de Trump, ce sont les prix élevés du pétrole ». Selon elle, l’Iran chercherait donc à maintenir des prix élevés pour faire pression sur le président américain qui a promis à son électorat des prix bas, alors que les États-Unis préparent déjà la campagne de l’élection de mi-mandat en fin d’année.
Par mesure de précaution, l’Opep+ a augmenté de 206 000 barils par jour ses quotas de production pour le mois d’avril.
RFI