La controverse intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Ottawa et Washington. Nommé en avril 2025 pour représenter les États-Unis au Canada, Pete Hoekstra a pris ses fonctions alors que les relations traditionnellement étroites entre les deux pays étaient déjà fragilisées par la politique commerciale de Donald Trump et ses déclarations répétées sur une éventuelle annexion du Canada. Depuis son arrivée, l’ambassadeur, ancien représentant républicain au Congrès, s’est régulièrement retrouvé au cœur de polémiques.
En juin 2025, il avait notamment estimé qu’une éventuelle annexion du Canada constituerait un « excellent sujet de discussion » entre Donald Trump et le Premier ministre canadien Mark Carney. Une déclaration qui avait suscité de vives réactions au Canada. Deux mois plus tard, Pete Hoekstra s’en était également pris aux responsables politiques canadiens qui qualifiaient de « guerre commerciale » la campagne tarifaire menée par l’administration Trump. Il avait jugé « dangereux » l’emploi de cette expression et critiqué les appels lancés au Canada pour limiter les voyages vers les États-Unis.
L’ambassadeur avait aussi dénoncé le retrait de certaines boissons alcoolisées américaines des magasins et dépôts canadiens dans le contexte des tensions commerciales entre les deux pays. En janvier dernier, il avait par ailleurs déclaré : « Nous n’avons pas besoin du Canada », à propos des produits canadiens.
Une pétition pour son expulsion
Face à cette succession de déclarations, des Canadiens demandent désormais son départ. Dans une pétition adressée à la Chambre des communes, les signataires réclament au gouvernement de déclarer Pete Hoekstra persona non grata, d’obtenir son rappel et de confier à un comité parlementaire l’examen de ce qu’ils considèrent comme une ingérence diplomatique américaine dans les affaires intérieures du Canada.
La pétition, ouverte aux citoyens de toutes les régions du pays, a franchi le seuil des 56 000 signatures. La contestation dépasse également le cadre politique. Dans les médias canadiens, plusieurs commentateurs ont vivement critiqué le comportement de l’ambassadeur. Dans La Presse, Pete Hoekstra a notamment été décrit comme « un perroquet de Donald Trump », accusé de reprendre la rhétorique du président américain avec une agressivité jugée peu compatible avec la fonction diplomatique. Le Globe and Mail, de son côté, a estimé que l’ambassadeur avait multiplié depuis sa nomination les déclarations susceptibles d’alimenter les tensions avec le Canada.
Deux anciens responsables influents du Parti libéral, Peter Donolo et David Herle, ont ainsi estimé que Pete Hoekstra avait « bien mérité une pause loin des Canadiens ».
Un précédent diplomatique
Le recours au statut de persona non grata n’est pas inédit au Canada. Le pays a déjà expulsé des diplomates étrangers, notamment des représentants de la Chine et de l’Inde, dans le contexte d’accusations d’ingérence étrangère. Prévu par la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, ce mécanisme permet à un État hôte de demander le départ d’un diplomate étranger sans avoir à justifier formellement sa décision. Le diplomate concerné doit alors quitter le pays dans le délai fixé par les autorités.
Reste à savoir si le gouvernement canadien donnera suite à la demande des pétitionnaires. Pour ses signataires, le cas Pete Hoekstra dépasse désormais les simples déclarations controversées : il pose la question des limites de l’intervention d’un ambassadeur étranger dans le débat politique intérieur du pays qui l’accueille.
J.F.PAGNI