Dans un entretien exclusif accordé à AFO Média, publié le 16 octobre 2024, Laurent Gbagbo est sorti de son silence pour revenir sur l’affaire des 2 milliards de francs CFA remis à Jacques Chirac qui secoue une nouvelle fois les relations entre Paris et Abidjan.
L’affaire a refait surface à la suite des révélations de Robert Bourgi, ancien conseiller officieux de l’Élysée pour l’Afrique, faites dans le cadre de la promotion de son recueil de mémoires intitulé « Ils savent que je sais tout – Ma vie en Françafrique ». Mais si les propos de Bourgi ont créé un électrochoc, Laurent Gbagbo, lui, ne semble pas surpris. « Je suis étonné que ça paraisse comme quelque chose de nouveau aujourd’hui, parce que depuis 2014, dans le livre que j’ai écrit, je l’ai dit à l’intérieur », a-t-il déclaré.
Il fait référence à son livre « Pour la vérité et la justice », cosigné avec le journaliste François Mattei, paru le 26 juin 2014 alors qu’il était dans sa cellule de Scheveningen, près de La Haye. Selon l’ancien président ivoirien, la remise de cette somme astronomique s’inscrivait dans un cadre bien particulier : « C’est parce que Jacques Chirac me l’a demandé que j’ai donné l’argent. »
Gbagbo explique avec une certaine stupéfaction qu’il ne s’attendait pas à ce qu’un président français lui demande directement de l’argent.
Cette demande illustre, selon Gbagbo, une forme de relation de dépendance financière entre certains chefs d’État africains et l’ancienne puissance coloniale, une réalité qu’il dénonce. Lors de l’interview, Gbagbo a souligné que ces pratiques, bien que choquantes pour le grand public, ne sont pas nouvelles. « Ce n’est pas le seul chef d’État qui m’a demandé de l’argent », précise-t-il, sans pour autant nommer d’autres dirigeants.
Après avoir donné cette somme, Gbagbo affirme que Chirac lui aurait assuré que ce geste ne resterait pas sans reconnaissance. « Au moment où Chirac reçoit l’argent, il m’appelle et me dit qu’il n’est pas un ingrat et qu’il saura s’en souvenir. » Cependant, l’histoire en a décidé autrement. Pour Gbagbo, cette promesse de gratitude a rapidement volé en éclats.
Malgré les assurances de Chirac, Gbagbo révèle que, dans son dos, la France et un pays voisin ont contribué à monter une rébellion contre lui. « Pourtant, dans mon dos, la France et le Burkina Faso montaient une rébellion pour m’attaquer », déclare-t-il avec amertume.
Alors que la présidentielle de 2025 approche, ces révélations ravivent les tensions autour du rôle historique de la France en Afrique et de la place qu’elle occupe encore aujourd’hui dans les affaires internes de ses anciennes colonies. Laurent Gbagbo, lui, semble déterminé à ne pas laisser ces épisodes sombrer dans l’oubli.
Source AFO Média