Un caveau familial, soigneusement construit pour accueillir les membres d’une même lignée, a été occupé par des squatters, victimes collatérales d’une crise sociale marquée par l’insécurité, la cherté de la vie et les déguerpissements à répétition dans le district d’Abidjan, informe le journaliste Fernand Dedeh sur sa page Facebook.
L’ouvrage, cadenassé et jusque-là bien gardé, devait garantir le repos éternel des défunts. Un gardien, rémunéré par la famille, veillait sur les lieux. Mais la confiance accordée et la rareté des visites ont suffi à ouvrir une brèche.
Une découverte choquante pour la famille
À la faveur des vastes opérations de déguerpissement menées dans plusieurs quartiers d’Abidjan, des dizaines de personnes se sont retrouvées sans domicile du jour au lendemain. Faute de solutions de relogement immédiates et face à la flambée des loyers, certains sans-abris ont investi un lieu que personne n’aurait imaginé voir transformé en habitat : le cimetière de Williamsville.
Pour ces familles à la rue, le caveau, jugé « trop grand » pour de simples dépouilles, est devenu un abri de fortune. Une occupation qui révèle l’ampleur du malaise social et la détresse de populations précarisées, poussées à transgresser des interdits aussi bien culturels que moraux pour survivre.
En février 2025, l’information parvient aux membres de la famille propriétaire du caveau. À leur arrivée sur les lieux, la stupeur est totale. À l’intérieur, ils découvrent non pas un ou deux individus isolés, mais de véritables foyers installés : des familles entières, des matelas, des bouteilles de gaz, des outils de menuiserie. « Il y avait même un couturier parmi eux », confie l’un des petits-fils, encore sous le choc. « Depuis sa construction, le caveau avait été confié à un entrepreneur agréé par le district. Lui-même s’est dit surpris par ce que nous avons découvert », ajoute-t-il.

Une occupation qui révèle l’ampleur du malaise social et la détresse de populations précarisées (Ph : DR)
Entre profanation, insécurité et abandon
Au-delà de l’émotion, cet épisode pose de graves questions de sécurité. Les tentatives de vols, les actes de vandalisme et les forçages de cadenas sont devenus récurrents dans le cimetière, selon la famille. Pour préserver la quiétude de leurs défunts, les proches ont dû remplacer les cadenas, renforcer les chaînes et entreprendre des travaux de réhabilitation. « Nous sommes obligés de venir plus souvent. Malgré cela, il y a toujours des tentatives de forçage », déplore le petit-fils, impuissant face à une situation qui dépasse le simple cadre familial.
Ce fait divers, aussi choquant soit-il, est avant tout le révélateur d’un malaise plus large. La pression foncière, la cherté de la vie, la hausse des loyers et les déguerpissements sans solutions durables plongent de plus en plus de familles dans une précarité extrême. À défaut de politiques d’accompagnement suffisantes, certains finissent par occuper des espaces improbables, y compris des lieux sacrés.

« Il y avait même un couturier parmi eux », confie l’un des petits-fils, encore sous le choc (Ph : DR)
À Williamsville, le cimetière est devenu, malgré lui, le miroir d’une ville où l’insécurité sociale gagne du terrain. Pour les familles disposant de caveaux dans les cimetières d’Abidjan, le message est clair : vigilance accrue. Mais au-delà de la sécurisation individuelle, cet épisode interpelle les autorités sur l’urgence d’apporter des réponses humaines et durables aux populations déguerpies. Car lorsqu’un caveau devient un logement, ce n’est pas seulement le repos des morts qui est menacé. C’est surtout la dignité des vivants qui est en jeu.