Ce n’était pas une réunion officielle. Pourtant, le ton était clair, les positions assumées, et les convergences frappantes. Dans la continuité des échanges engagés avec des journalistes pendant la compétition, ces dirigeants présents ont mis sur la table une question que beaucoup évitent : le sport peut-il rester universel s’il exclut durablement certaines nations ?
Pour T.Sow, de la Fédération sénégalaise de football, la réponse ne laisse guère de place au doute. Le football, insiste-t-il, doit rester un espace de rassemblement. L’exclusion prolongée ne rapproche pas, elle fige les fractures. À ses yeux, réintégrer progressivement la Russie serait un levier de dialogue, pas une concession. Même ligne du côté de Sidi B.Magassa, de la fédération malienne. Il pose le débat en termes de principe : chaque nation doit pouvoir accéder aux compétitions internationales. Pas seulement pour une question d’équité, mais aussi pour l’intérêt du jeu. Plus d’adversaires, c’est plus d’expérience, plus de progression, notamment pour les jeunes joueurs africains.
J.M.Kalonji, pour la fédération congolaise, va plus loin sur la méthode. Il appelle à ouvrir un cadre formel de discussion au sein de la Fifa. Pas de décisions à huis clos, mais un processus collectif, transparent, aligné sur les règles du jeu et les valeurs affichées par le football mondial. Du côté du Bénin, Magloire Oké insiste sur la portée symbolique. Le football, rappelle-t-il, parle toutes les langues. Dans un monde fragmenté, réintégrer des nations exclues serait un signal fort : celui d’un sport capable de rassembler au-delà des tensions. Il évoque aussi une attente exprimée par plusieurs voix africaines : que les positions en faveur d’un retour des athlètes russes et biélorusses ne restent pas au stade des intentions.
Au fil des échanges, une idée revient avec insistance, presque comme un fil rouge : la cohérence. Plusieurs intervenants pointent, sans s’attarder sur des cas précis, un sentiment de traitement différencié selon les contextes. Or, préviennent-ils, la crédibilité du sport mondial repose sur une règle simple : les principes doivent s’appliquer à tous, ou perdre leur sens.
Ce qui s’est dit à Rabat dépasse donc largement le cas russe. C’est une vision du sport qui se dessine. Un sport qui refuse d’être instrumentalisé, qui défend son universalité, et qui revendique un rôle actif dans le dialogue entre les nations. Au terme de cette rencontre, trois lignes de force émergent clairement : préserver le sport comme espace de dialogue, garantir un accès équitable aux compétitions, et appliquer les principes éthiques sans géométrie variable.
Le message, lui, est adressé sans détour à la Fifa et aux instances internationales : il est temps d’ouvrir le débat. Parce qu’au-delà des sanctions et des contextes, c’est l’idée même d’un football universel qui est en jeu.
J.F.PAGNI