Dans le rapport général, lu par le préfet de la région de l’Indénié-Djuablin, Eugène Kouadio Kouassi, à l’issue des travaux, les préfets de région se sont engagés à éradiquer l’orpaillage illégal dans un délai de six mois dans leurs circonscriptions. Pour y parvenir, 10 actions prioritaires articulées autour de 3 axes ont été adoptées. Le premier axe concerne le renseignement, l’alerte et la surveillance. Il s’agit de réaliser et transmettre systématiquement la cartographie des sites légaux et illégaux ainsi que les fichiers biométriques de tous les acteurs : orpailleurs illégaux, commerçants, financiers, etc., au Cns et aux autorités préfectorales ; redynamiser les Comités départementaux de sécurité (Cds) et les Cellules civilo-militaires (Ccm) en y intégrant tous les acteurs impliqués dans la lutte avec des réunions hebdomadaires ; étendre le dispositif d’alerte et de veille à l’ensemble des autorités préfectorales en l’assortissant d’un numéro unique de signalement.
Le second axe est relatif à la coordination et à la gouvernance : consolider la présence du Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (Gs-Loi). On passe de 4 à 8 brigades opérationnelles déployées dans les 8 régions les plus impactées : Worodougou, Iffou, Nawa, Bakoué, Moronou, Sud-Comoé, Bounkani et Hambol, pour réduire les délais d’intervention ; concevoir et planifier les opérations par les préfets eux-mêmes, avec les forces locales et le soutien du Gs-Loi si nécessaire ; créer et déployer 21 pelotons de sécurité fluviale (Psf) du Gs-Loi afin d’assurer une surveillance permanente des quatre grands fleuves du pays et leurs affluents, dans un délai maximum de 2 mois ; accompagner la réhabilitation et la restauration des sites impactés à travers le programme Timo ; renforcer la coopération avec le Libéria, le Mali et le Ghana pour des initiatives conjointes contre la pollution des cours d’eau partagés.
Sanctions
Le troisième axe parle des sanctions : soumettre au Conseil des ministres des projets de loi pour aggraver les peines. A savoir, la confiscation de tous les biens des personnes condamnées et l’expulsion systématique de toutes les personnes de nationalité étrangère impliquées ; ériger en infraction pénale autonome toutes les formes de participation. Désormais, sera puni celui qui bénéficie en connaissance de cause des revenus de l’orpaillage illégal, procure du matériel ou de l’argent, ou met à disposition un site. Un programme de communication massif va déconstruire le narratif pro-orpaillage.
« L’éradication de l’orpaillage illégal ne peut résulter du seul déguerpissement des sites. Elle exige de détecter rapidement, neutraliser durablement, démanteler les réseaux, assécher leurs financements, sanctionner leurs commanditaires et restaurer les territoires libérés », ont recommandé les participants.
Dans son discours de clôture, le Secrétaire exécutif du Cns, Fidèle Sarassoro a été clair. « Aucune parcelle ne doit échapper à l’Etat. Notre pays ne peut tolérer que des individus ou des réseaux organisés, au mépris de nos lois, dégradent nos terres, polluent nos cours d’eau, détruisent nos forêts et compromettent l’avenir de nos enfants. En Côte d’Ivoire, aucune parcelle du territoire ne doit échapper à l’autorité de l’Etat, et aucune ressource nationale ne doit être exploitée au mépris de la loi », a-t-il prévenu et d’insister : « ce qui fera la différence, c’est notre discipline collective, notre rigueur dans la coordination, notre célérité dans la décision et notre fermeté dans la sanction. C’est à ce prix que nous passerons d’une logique d’intervention ponctuelle à une logique de contrôle durable du territoire ».
Pour lui, l’approche purement réactive ayant montré ses limites, l’action du Cns doit s’inscrire dans une logique de contrôle permanent du territoire, de coordination renforcée et de dissuasion globale. S’adressant aux participants, il les a invités à regagner leurs postes avec la conviction que ce qui a été construit lors de la rencontre de Yamoussoukro n’est pas un simple document de plus, mais un véritable contrat opérationnel pour l’action. « Nos populations attendent des résultats concrets. Nous leur devons cette détermination. Les recommandations ne resteront pas lettre morte. Elles seront consignées dans un plan d’action national précis, dotées d’indicateurs de performance, d’échéances claires et d’un mécanisme de suivi rigoureux », a-t-il conclu avec fermeté.
Le général de corps d’armée Diomandé Vagondo, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité a engagé la responsabilité de chacun des Ivoiriens. « Il est question pour chacun d’entre nous d’apporter la contribution qu’il peut apporter afin de garantir la réussite de ce plan », a-t-il appelé.
J.F.PAGNI